unnamedParu l’an dernier aux Presses universitaires de Rennes, cet ouvrage collectif se propose de « repenser 1870 » au prisme des nouvelles orientations de la recherche. À ce seul titre, il est déjà une belle réussite, tant par la qualité des contributions que la variété des approches. Si la 4eme de couverture annonce trois axes d’étude, la matière de l’ouvrage se distribue en quatre chapitres bien ciblés : Empreintes régionales (5 contributions) ; Le « souvenir français » (5 contributions évoquant la mémoire de 1870 à travers la peinture, les ruines, les monuments au mort, les programmes scolaires) ; Mémoires d’en bas, mémoires d’en haut (6 contributions pour analyser les manières d’écrire l’expérience de la guerre à différents niveaux de la société) ; Regards mémoriels croisés et rejeux du souvenir (4 contributions dont deux invitent à regarder le conflit depuis l’Amérique latine d’une part, le Danemark d’autre part). Il y a là de quoi nourrir la réflexion sur la guerre et ses empreintes vues à des échelles et dans des temporalités assez différentes pour enrichir le savoir de tous et offrir à chacun matière à approfondir ses sujets de prédilection.

unnamed2La richesse du propos trouve toutefois son unité autour du thème de la « mémoire », mot clé du titre collectif, qui trouve sa déclinaison (souvenir, empreintes, mémoires…) dans celui de chaque partie. Il met surtout en relief l’importance des mémoires au pluriel. C’est sur ce dernier point, à mes yeux, que réside le principal intérêt de l’ouvrage : donner à comprendre que « la mémoire collective » est une notion utile dans la mesure où elle renvoie à une perception plus ou moins partagée du passé ; mais une notion qui mérite d’être dépassée parce que la réalité qu’elle recouvre est diverse et, qu’au-delà des visions collectives que les sociétés entretiennent, véhiculent, défendent ou pourfendent, la réalité du terrain est faite de lectures différentes des évènements de référence, d’interprétations successives mais souvent concomitantes aussi, concurrentes et rivales, parfois, reflets des conflits idéologiques, politiques, culturels ou identitaires qui expliquent ou illustrent les débats, disputes, voire combats qui animent la vie locale, nationale ou plus large encore.

Un ouvrage à lire, non pour connaître les causes, déroulement et conclusions du conflit franco-prussien, mais pour comprendre son impact sur les esprits, dans le paysage, la culture ou l’identité des hommes qui en gardent un souvenir.