nicolas-bourguignat-et-gilles-vogt-la-guerre-franco-allemande-de-1870-une-histoire-globaleLe 150ème anniversaire se devait d’offrir une synthèse des connaissances relatives au conflit de 1870. Nicolas Bourguignat et Gilles Vogt ont relevé le défi. Rien de révolutionnaire diront les lecteurs difficiles. Mais faire « global » en 400 pages ne permet pas de rentrer dans tous les détails, de les approfondir, voire d’éviter les maladresses comme celle consistant à évoquer en deux lignes les mérites de Juliette Dodu (p. 158) sans rappeler que l’information est sujette à caution. Celui qui fait cette juste observation oublie un peu vite qu'être spécialiste d’une période n'oblige pas à maîtriser tous les détails de chaque question spécifique à celle-ci.

9782081510555_4_75Au-delà des limites propres au genre, le mérite de l’ouvrage réside donc dans son ambitieux projet de proposer une approche globale du sujet. Après les nécessaires rappels concernant les origines de la guerre, son déroulement et ses conséquences politiques, diplomatiques ou militaires, il aborde les questions du vécu des populations et des effets du conflit sur la matière très volatile des opinions, celui des souvenirs et de leur recyclage dans le cadre de la mémoire collective, que ce soit en termes de littérature, de Beaux-arts ou de monuments aux morts. Une guerre à « deux visages » énoncent les auteurs en conclusion ; une guerre qu'ils présentent aussi à plusieurs échelles (internationale, nationale, coloniale, locale), évoquant les différents niveaux du vécu (celui des dirigeants politiques et militaires comme celui des civils ou des simples soldats, des hommes comme des femmes). Un tel souci revient à traiter le sujet de façon très complète.

La matière se distribue dans sept parties. Les deux premières permettent de rappeler les grandes lignes du conflit à travers ses origines (chapitre 1, p.16-62) et son déroulement (chapitre 2, p. 63-110). Ils aboutissent à une réflexion sur « les leçons d’une guerre » et notamment sa modernité (p. 111-119). Les deux suivants sont plus novateurs, donnant aux auteurs l’occasion d’intégrer les conclusions des travaux les plus récents depuis 1990, date de parution de La guerre de 1870 de François Roth. Ils permettent d’aborder la question du vécu de la guerre, tant sur des plans très matériels de la vie quotidienne, de la réalité de l’occupation et des problèmes économiques (chapitre 3, p. 121-178), qu'au niveau des perceptions (les pensées et idées), des opinions et de leur diffusion (chapitre 4, p.180-223). Les trois dernières parties renvoient aux effets de la guerre en termes de négociations de paix (chapitre 5, p.225-277), de retentissement de son résultat à l’échelle mondiale (chapitre 6, p.279-343) et de tout ce qui relève de sa mémoire via les formes qui la traduisent (chapitre 7, p.346-398).

Soixante pages de notes (p.405-470), illustrations en couleur, chronologie, bibliographie classée par thèmes, index et cartes, complètent le volume, faisant de ce livre un bon outil de références sur lequel s’appuyer pour approfondir chacune des questions abordées. Un vrai « usuel » à mettre en bonne place dans les rayonnages de toute bibliothèque d’histoire du second 19ème siècle dans la mesure où il propose aussi des clés pour d’autres sujets que celui éponyme.