Mémoire d'Histoire

1870-2020 : LES RENDEZ-VOUS D'UNE MEMOIRE

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En 2020, l'année terrible aura 150 ans. On ne fête pas les défaites. Pour l'occasion, musées, municipalités et associations aussi diverses que variées envisagent toutefois d'organiser des manifestations. L'anniversaire est une occasion - rare sur le sujet - d'expliquer à nos contemporains ce conflit franco-allemand qui fut fondateur de l'Allemagne unifiée, d'une République française durable (la IIIe) et de deux guerres mondiales, pas moins ! Elle s'acheva, en 1871, par une humiliante défaite, mais aussi par un soulèvement révolutionnaire qui s'acheva dans le sang de la guerre civile et l'incendie dévastateur de la capitale ! Ce message se propose de recenser les manifestations qui se tiendront pour l'occasion tout au long de l'année.

Vous connaissez un projet, n'hésitez pas à le signaler pour qu'il puisse trouver sa place dans ce recensement.

Attention : la situation sanitaire amène les organisateurs de manifestations à annuler ou reporter celles-ci. Veillez à vérifier auprès des instances concernées ce qu'il en est.

N'hésitez pas à signaler toute annulation dont vous auriez connaissance pour que l'information soit mieux partagée.

29 janvier, Niederbronn-les-Bains : L'Année terrible en Alsace du Nord (conférence par Bernard Weber).

[Programme de toutes les manifestations en Alsace du Nord et pays de Bitche]

6-7 février 2020, Colloque à Université de Strasbourg : La guerre de 1870, conflit européen, conflit global.

programme de Loigny9 février 2020, Loigny-la-Bataille : "Le monde selon Napoléon III" (conférence d'Eric Anceau) [voir le programme des autres conférences ci-contre].

29 mars 2020, Loigny-la-Bataille : 4 août 1870, le drame de Wissembourg (conférence d'Abel Douay). Conférence annulée. Ouverture du musée reportée.

1er avril, Amiens : "Les femmes en France face à la guerre de 1870-1871" (conférence de Jean-François Lecaillon organisée par l'APHG de Picardie, dans le cadre des Nocturnes de l'Histoire). Conférence annulée et reportée à une date ultérieure.

3 avril 2020, Metz, Les Amis de Verlaine organisent une conférence de Patrick Serre sur Paul Verlaine en 1870-1871 : un poète dans la guerre. 2 rue Haute Pierre à Metz.

4 avril, Guer (Morbihan), colloque du CREC/ESCC (Saint-Cyr Coëtquidan) sur la guerre de 1870 (approche pluridisciplinaire). Colloque reporté à une date ultérieure.

4 avril, Belfort : "L’imaginaire artistique au service du siège de Belfort" (conférence de Jérôme Marche, à la Société belfortaine d'Emulation").  Conférence annulée et reportée à une date ultérieure.

18 avril, Fort de Frouard (Meurthe-et-Moselle), exposition commémorative et conférence de M. Cyriaque Batelot sur la guerre de 1870 comme genèse du système des fortifications Séré de Rivières. Exposition commémorative suspendue jusqu'à nouvel ordre.

18-19 avril, Hersin-Coupigny (62 - Pas-de-Calais), reconstitution d'un bivouac de l'armée impériale en partenariat avec La cartouchière, association de reconstitution arrageoise.

24 avril, Chateaudun : visite guidée de la ville autour du thème de la guerre de 1870, organisée par l'office du tourisme.

26 avril, Loigny-la-Bataille : "les raisons de la débâcle" (conférence de Louis Delpérier).

26 avril, Woerth : Les otages de Gunstett (conférence à l'Eglise protestante)

Avril-octobre 2020, Woerth : Exposition temporaire Face à Face Pierre Gangloff/Christine Riehl au musée 1870.

1er mai - 30 septembre : Wissembourg, la bataille de 1870 par Louis Braun. Exposition, Panorama de la bataille du Geisberg. Le 4 août, commémmoration de la bataille.

13-15 mai 2020, Colloque à l'Ecole Polytechnique de Paris : Chroniquer la guerre. La guerre de 1870 dans la presse européenne et internationale. Sorbonne nouvelle.6 août 2020, Woerth-Froeschwiller : cérmonies du souvenir.

15 mai, Courville sur Eure : "La guerre de 1870 en Eure-et-Loire", conférence d'Alain Loison, Espace culturel Daniel Pothier.

16 mai, Meung-sur-Loire : exposition "La guerre de 1870 à Meung-sur-Loire" (Musée municipal).

30 mai au 7 juin 2020, Reichshoffen : Projection du film La forteresse assiégée de Gérard Mordillat à l'Espace Cuirassiers.

11 juin 2020, Neufchâteau : 1870, le cas Cremer, une injustice républicaine ? (conférence de Patrick Serre).

13 juin 2020, Metz : L'affaire Bazaine, récit d'une trahison en 1870 (conférence de Patrick Serre proposée par le Comité d’Historicité Européenne de la Lorraine (CHEL).

18 juin 2020, Morsbronn-les-Bains : Autopsie d'une bataille (conférence par M. Greissler).

Jusqu'au 27 juin, Villiers-sur-Marne : "La guerre de 1870 : les combats de Villiers, Bry, Champigny, musée Emile Jean

4 et 5 juillet 2020, Loigny-la-Bataille : reconstitutions militaires [voir programme ci-dessus]

22 juillet - 11 Novembre, Fleuriel : exposition sur la guerre de 1870 et ses conséquences à l'Historial du paysan soldat.

Juillet - novembre, Belfort : exposition « La revanche de 1870 : fièvre ou comédie ? ».

6 août, Forbach : anniversaire de la bataille de Spicheren, exposition et parcours organisés par le cercle d'histoire locale.

9 août 2020, Woerth-Morsbronn-Froeschwiller : défilé en costumes en mémoire de la bataille.

6 au 15 août, Froeschwiller : L'Alsace dans la tourmente (spectacle sons et lumière).

10-11 septembre, Londres : "Reassessing the Franco-Prussian War 150 years on", colloque avec la participation d'historiens allemands, britanniques et français.

13 septembre 2020, Loigny-la-Bataille : "Comment est mort le Second Empire ?" (conférence de Benoit Habert).

18-19-20 septembre 2020, Sedan : la guerre de siège en 1870-1871. Appel à contributions.

19 septembre, Bitche : conférence franco-allemande. Perceptions de la guerre par les Français et les Allemands.

20 septembre, Reichshoffen : La bataille vue du côté des alliés allemands (conférence par J-F Kraft).

Octobre 2020 - janvier 2021, Châteaudun : exposition sur la guerre de 1870 au Musée des Beaux-arts. La guerre de 1870 à travers le regard des artistes peintres français (1870-1914) (Conférence de J-F Lecaillon, date à fixer).

1er octobre, Beaune : "Le siège de Metz en 1870", conférence de Patrick Serre organisée par l'Université pour Tous de Bourgogne (UTB)

4 octobre, Loigny-le-Bataille : "L'armée de la Loire au secours de la patrie" (conférence du colonel Henri Ortholan).

11 octobre, Créancey : "Le capitaine de Montille, tué sous Metz, le 31 octobre 1870", conférence de Patrick Serre, organisée par la mairie

18 octobre,Loigny-la-Bataille : "Les francs-tireurs en première ligne" (conférence d'Eric Labayle).

30 octobre 2020, Dijon : l'association Jeannin Janime organise des reconstitutions modernes et détournées du fameux tableau de la barricade Jeannin de Paupion.

Belfort : important projet dont le détail sera fourni ultérieurement. Voir Belfort 1870-171 et le dossier de presse de 2018

21 novembre 2020, Belfort : Bibliothèque municipale, "Mémoires de 1870, une originalité belfortine ?", causerie avec J-F Lecaillon.

6 décembre 2020, Loigny-la-bataille : commémoration de la bataille.

 

2021

janvier 2021, Bapaume : commémoration de la bataille (à préciser)

1er février 2021, les Verrières (Suisse) : hommage aux Bourbaki ? à suivre.

6 février 2021, Bordeaux : colloque organisé par le Centre Généalogique du Sud-ouest (CGSO) sur "La guerre de 1870".

13 février 2021, Sedan : Conférence organisée par l'Association d'Histoire du Sedanais (Les femmes faces à la guerre de 1870, J-F Lecaillon)

Saumur, musée de la Cavalerie : exposition temporaire

 

 

 

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02 avril 2020

ASSAUT GUERRE DE 1870

Assaut guerre 1870, auteur et date inconnus (2)

La société Selency (brocante en ligne) propose ce tableau d'auteur et date non précisés.

J'ignore si elle a trouvé acquéreur. Oeuvre inachevée ? Une curiosité, en tous cas.

Pour plus de précision, contacter le site : Selency

 Détail

 Assaut guerre 1870, auteur et date inconnus (1)

 

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01 avril 2020

LES BALLONS DU SIEGE

ballons du siège

La carte des ballons sortis de Paris pendant le siège, un document publié en 1871 par les frères Mangin et J. Godard.

Informations sur les dates, noms des ballons, des aérostiers ou passagers, sur leur lieu d'atterissage, leur sort par rapport aux Allemands, les distances parcourues. Le document permettrait d'étudier l'orientation des vents selon les périodes, peut-être ? Disponible sur Gallica (cliquez sur le lien attaché au nom de la carte).

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20 mars 2020

LES SOUVENIRS D'UN PEINTRE : G. Clairin

Regnault et X à Nanterre 1871, dessin de G. ClairinLes recueils de souvenirs sont une source historiographique qui soulèvent bien des questions concernant leur contenu. Que reste-t-il de l’expérience vécue, par exemple, dans le récit soumis aux lecteurs ? Qu’oublie le témoin et que choisit-il de préserver au prix, souvent, de reformulations ? De fait, trop de paramètres incontrôlés gouvernent l’enregistrement des souvenirs, leur restitution et leur ordonnancement en un texte construit [...] Que dire, alors, d’un témoignage recueilli par un tiers dont la présence influe encore sur le discours[...] ? Ecrits par André Beaunier, Les souvenirs d’un peintre [Georges Clairin, en l'occurrence] est un exemple de ces récits dont l’analyse est d’autant plus difficile que l’auteur du texte est pluriel. Non seulement le narrateur n’est pas le rédacteur, mais il se veut porteur de la mémoire d'Henri Regnault. Dès lors, de qui sont les souvenirs proposés ? Et quels enseignements tirer d’une telle composition ?

[Pour télécharger l'article au format Pdf ; 9 pages, 13 illustrations, 17 liens : Les_souvenirs_dun_peintre ]

Les multiples voix d'un récit

Bida (alexandre), le peintre georges clairin en uniforme de garde national, 69e bataillon, 1870Les souvenirs d'un peintre est d'abord un récit oral, le fruit de conversations entre Clairin et Beaunier illustrées de croquis réalisés dans le passé par le premier. Il est le résultat d'une sélection imposée par le naturel processus d’oubli d’une part ; par le tri que le témoin opère entre ce qu’il estime important ou non d’autre part. Dans le cas présent, ce tri est renforcé par le souhait de Clairin que le récit mis en pages par Beaunier soit lu comme « les mémoires de mes amis, et les mémoires de Regnault surtout » [...]

André Beaunier retranscrit les souvenirs qui lui sont confiés dans un style qui est le sien. Clairin le dit : « Ce volume, qui est de vous… ». Pour lui, le texte est d’abord le travail de son rédacteur. [...] Clairin brode-t-il ? Est-ce Beaunier qui le fait par souci d’embellir « les fleurs fanées » que sont les souvenirs de Clairin selon les dires de celui-ci ? [...] Est-ce encore le témoignage de Clairin qui est donné à lire ou une biographie ?

La ou les dernières cartouches de Regnault ?

 Barrias, masque funéraire de regnaultL'exemple du masque funéraire de Regnault : initiative de Clairin ou Barrias ?

Quelques pièges du récit

Si le récit respecte globalement la chronologie, dans le détail, la liberté du narrateur l’amène à faire des allers-retours dans le temps. [...] À ce désordre chronologique difficile à rétablir s’ajoute un phénomène de compression temporelle quand les épisodes s’enchaînent sans que le lecteur ne puisse connaître la durée existante entre chacun d’eux [...] [cette compression]  ne permet pas de connaître la « chaîne des émotions », celle qui lie entre eux chaque moment, la manière dont les sentiments et les changements qui les affectent se succèdent, donc se nourrissent ou pas, s’amplifient mutuellement ou non. [...] C’est toute la concordance des temps qui s’en trouve bousculée [...]

Clairin, aux avants-postes 1871 Argenteuil

Exemples de la perte de confiance des Prussiens et des opinions fondues des Parisiens.

La prophétie de M. Smith.

Le Tout Paris à Versailles.

Le consentement à la victoire annoncée

Regnault, Grenadier de la garde 1870[...] comment l’acceptation de la guerre par des hommes qui ne la voulaient pas a en partie reposé sur un malentendu concernant sa nature d’une part, la certitude qu’elle serait courte et victorieuse d’autre part.

[...] Une guerre insuffisamment maudite et la mort de Regnault.

Le poids de l'imaginaire dans la reconstruction mémorielle

Le va-et-vient entre les différents temps qu’entretiennent tous les récits de souvenirs se nourrit d’imaginaires antérieurs à l’événement de référence. Cet imaginaire se renforce ou consolide à la faveur de ce qui est vécu et par l’interprétation que le témoin en fait aux différentes époques qu’il traverse ensuite ; il n’est pas une donnée fixe, acquise à un moment donné et identifiable comme peut l’être une caractéristique physique. [...]

Plus le temps passe, plus le risque de déformation s’amplifie. Ce dernier n’est pas, pour autant, une fatalité. Tout dépend de la manière dont le texte est abordé. [...]

Regnault, Au haremQue reste-t-il de 1870 en 1906 dans l’esprit d’un vétéran, artiste peintre de profession, peu enclin à aimer la guerre mais marqué à vie par l’irréparable perte d’un ami ? L’analyse des Souvenirs d’un peintre ne permet de répondre que pour le cas particulier ; mais, confronté aux souvenirs de guerre d’autres Français, elle aide à mesurer l’importance de l’esprit de revanche et ses limites.[...]

« Cela m’étonne, aujourd’hui, de relire cette phrase écrite par moi. Je la trouve un peu féroce… Que voulez-vous ? Nous étions à bout de patience, à bout de nerfs ». Cette autoanalyse confirme l’idée d’une différence entre la réalité vécue et le souvenir. Entre le ressenti dans le feu de l’action et les sentiments entretenus des années plus tard, le travail prospectif de la mémoire a fait son œuvre.[...]

Bibliographie 

 Clairin, aux avants-postes 1871 Argenteuil

 (c) Attention, les images présentées dans ce message sont en basses résolutions. Elles peuvent être téléchargées en haute résolution sur le site de Paris musées qui les offrent en Licence ouverte. Consultez ici les conditions_d_utilisation

Informations sur les photos, dans l'ordre de leur apparition :

1/ Dessin de G. Clairin : Regnault et monsieur X à Nanterre, 18 janvier 1871.

2/ Dessin d'Alexandre Bida : Le peintre Georges Clairin en uniforme de garde national.

3/ Moulage attribué à Barrias : Le masque funéraire d'Henri Regnault.

4/ Dessin de Georges Clairin : Aux avant-postes à Argenteuil, 1871.

5/ Dessin d'Henri Regnault : Grenadier de la Garde, 1871.

6/ Aquarelle d'Henri Reganult : Au harem (1871).

7/ Dessin de Georges Clairin : Aux avant-postes, Argenteuil 1871.

 

 

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18 mars 2020

LETTRES A ELISE (1870)

51I4DQ0p7GLLes éditions Pierre de Taillac le promettent : "la guerre de 1870 comme vous ne l'avez jamais lue". Il y a des chances que ce soit le cas puisque le conflit est raconté du point de vue des soldats allemands. Une bonne initiative qui vient combler un vide. Si les correspondances ou carnets de guerre allemands ont déjà donné lieu à des publications, celles-ci restent rares en France et en français.

Decitre.fr donne la possibilité de feuilleter quelques pages pour se faire une idée du contenu d'ensemble. N'hésitez pas. Introduction de l'ouvrage et les 4 premières lettres, datée de juillet 1870.

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04 mars 2020

FRATERNISATIONS FRANCO-ALLEMANDES EN 1870 ?

verlagSous le titre générique "Fraternisations franco-allemandes en temps de guerre [...] 1799-1945", le numéro 16 publié par Franz Steiner Verlag contient deux articles sur la guerre de 1870 qui méritent toute l'attention des chercheurs travaillant sur le conflit franco-prussien.

Sous le titre « Quels échanges pacifiques entre Français et Allemands en 1870-1873 ? » (p. 25-41), Christophe Pommier observe que, guerre courte, de mouvements et de sièges, la guerre de 1870 ne présente pas de cas de fraternisations entre soldats des deux camps. Les tentatives républicaines d'appels aux Allemands (Hugo, Courbet, Quinet ou Bonvalet, notamment cités) pour renouer des liens pacifiques échouent. L'occupation d'une partie du territoire jusqu'en 1873 impose toutefois une cohabitation entre militaires allemands et civils français qui produit, au fil du temps, un apaisement des relations, voire des situations "d'entente cordiale entre une partie de la population et l'ennemi". C'est certainement là que se situe la partie la plus intéressante de l'article, d'autant plus qu'il déborde les limites strictes du conflit en décrivant ce qui se passe après la guerre. Christophe Pommier confirme ici le caractère non systématiquement hostile des relations entre populations des deux pays telles qu'elles apparaissent dans de nombreux témoignages de civils ou de prisonniers de guerre. La différenciation que font les Français entre les "différentes composantes régionales de l'Allemagne" ou entre officiers et simples soldats est nette ; et, bien que le fait ne soit pas majoritaire, l'analyse conduit l'auteur à conclure que "malgré l’accent porté par les deux camps sur la barbarie de l’autre, il a existé des ententes entre Français et Allemands en 1870-1873". 

9783515124225Le second article est signé Odile Roynette sous le titre "Les visages pluriels de la captivité française en Allemagne" (p. 117-131). Ce texte a servi de base pour l'article sur le même sujet paru dans le numéro de L'histoire de mars 2020. A travers le rappel des conditions d'internement des soldats massivement capturés pendant le conflit, Odile Roynette observe la complexité et variété des situations qui rendent impossible toute généralisation. Elle aboutit aux mêmes constats que Christophe Pommier sur l'ambivalence des sentiments d'une part, sur la mise en place d'un intense sentiment d’humiliation qui, pour autant, "ne conduit pas au rejet unanime de la population".

L'étude des témoignages de la guerre le montre, ces deux articles le confirment : la guerre de 1870 a ravivé et nourri l'hostilité réciproque des deux peuples, chacun reprochant à l'autre sa barbarie ; mais ces sentiments partagés et entretenus par les mémoires collectives reflètent moins la complexe réalité de ce qui a été vécu que la manière très réductrice dont chacun fait mémoire de son expérience.

 

 

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03 mars 2020

1870-1872 DANS LA MARNE... (Nadine Najman)

9782343165547bAprès un premier ouvrage proposant deux témoignages du temps de la Grande Guerre, Nadine Najman propose cette fois de découvrir deux textes relatifs à la guerre de 1870 et à l'occupation allemande touchant sa région de prédilection. Ce nouveau livre s'appuie, comme le premier, sur la transcription de deux récits : celui d'Eugène Dubois, d'une part, habitant de Reims qui publie par morceaux une chronique écrite au début des années 1920 sur la base de ses souvenirs et d'archives ; celui (limité aux années de référence) de Césaldy Lépagnol d'autre part, agriculteur et conseiller municipal de son village qui consigna au quotidien, de 1859 à 1889, les évènements affectant la vie de sa commune.

 

9782343165547vbOlivier Berger en fait recension dans la Revue d'histoire du XIXe siècle. J'y renvoie. Je me contenterai ici de deux remarques inspirées par mes propres recherches.

1/ Nadine Nadjman fait le choix de présenter les deux textes conjointement plutôt que successivement. Son but est de permettre des comparaisons entre eux tout en respectant la chronologie. Le procédé permet ainsi de confronter le regard d'un citadin à celui d'un campagnard. La différence des points de vue en fonction de la géographie ou des profils socio-culturels est déjà, en soi, un sujet digne d'analyse. Mais la confrontation, en l'occurrence, permet aussi de mettre en relief ce qui distingue un récit écrit au jour le jour et dégagé de toute préscience de ce qui va arriver (celui de Lépagnol), d'une reconstruction a posteriori, toujours sujette à relectures (la chronique de Dubois). D'emblée, la différence saute aux yeux : d’un coté sont données à lire des notes à l'état brut, en formes de brèves qui s'enchaînent sans fioriture de style ni appréciations ; de l'autre un récit construit, plus compact, avec des incises qui font référence à ce qui va arriver. La différence ne tient plus tellement, cette fois, à celle des cultures propres à chacun des narrateurs qu'à la procédure d'écriture. Parfois, le récit propose un troisième type de relation quand les narrateurs retranscrivent la parole d'un tiers. Un bon exemple nous est donné par Lépagnol quand il couche sur le papier le récit d'un voiturier racontant le voyage qu'il a fait jusqu'à Soissons pour y livrer du matériel en vue du siège qui s'annonce (p.74-76). Le lecteur se retrouve ainsi confronté à un témoignage oral retranscris par une tierce personne, situation qui requiert de lui l'obligation de l'aborder autrement que les deux autres  puisqu'il est d'une autre nature. 

2/ Les deux récits couvrent toute la période de la guerre, de juillet 1870 à janvier 1871 ; mais ils se prolongent jusqu'à la fin de 1872. En cela, ils sont rares, les témoignages de la guerre franco-prussienne s'interrompant le plus souvent à la date de la capitulation de la France (fin janvier 1871) ou, au plus tard, à la fin juin, après l'écrasement de la Commune de Paris. Voilà encore une bonne raison de s'y intéresser. Ils apportent matière pour mieux comprendre le temps de l'occupation - sujet encore à approfondir - et voir comment fut vécu la sortie de la guerre. 

 

 

 

 

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25 février 2020

1870 A LA UNE DE L'HISTOIRE

img005150ème anniversaire de la guerre oblige, le numéro 469 de la Revue l'Histoire (mars 2020) fait sa couverture sur 1870, l'année terrible. Le journal consacre un dossier de 30 pages au conflit franco-prussien. Cinq articles permettent de faire le point sur les enjeux du conflit (par Jakob Vogel, en écho sans doute au récent colloque de Strasbourg), son impact sur les femmes (par Yannick Ripa), les débuts difficiles de la République (par Michel Winock), le sort des 500 000 prisonniers français (par Odile Roynette) et les mémoires européennes de la guerre (par Jasper Heinzen). Un dossier pour lecteurs peu avertis du sujet (ce qui est sa vocation), avec chronologie, carte, bibliographie sommaire à l'appui.

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23 février 2020

DICTIONNAIRE DE LA GUERRE DE 1870

9782379990113rComme un cadeau d'anniversaire (le 150e), cet ouvrage vient de paraître aux éditions SPM. Je n'ai pas encore d'avis ni de commentaire à formuler sur cet outil de travail. En attendant de l'avoir eu entre les mains, sachez qu'il a le mérite de combler un vide.

Texte de la 4e de couverture : "Le premier objectif de la réalisation de ce Dictionnaire est de mieux connaître les grandes lignes de ce conflit qui a duré neuf mois et dix jours. Son deuxième objectif est de transmettre ce qu'a été cette guerre franco-prussienne méconnue en France et mal aimée par les Français. L'ouvrage s'inscrit dans les commémorations, en 2020 et 2021, des 150 ans des évènements de ce conflit franco-allemand. 9782379990113vbCe Dictionnaire comporte 350 notices conçues dans un esprit pratique et pédagogique. Le préambule déroule la chronologie des événements entre le 19 juillet 1870 et le traité de Francfort du 10 mai 1871 : 98 dates, qui toutes reportent à une des notices. Leur lecture permettra de connaître et comprendre cette guerre, et de savoir pourquoi la France l'a tragiquement perdue."

A suivre dès que possible...

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15 février 2020

L'APPEL DE LA GUERRE (Manon Pignot)

pignotDans ce livre Manon Pignot étudie le parcours d’adolescents au combat durant la Grande Guerre, une question « délicate », voire de « caractère intolérable » (p.16) tant par ceux dont elle traite et dont l’engagement dans l’enfer des tranchées nous choque que par la rareté et dispersions des sources (p.18-28). Elle tire de son étude un ouvrage remarquable par les questions qu’il soulève, non seulement sur la place des adolescents dans la guerre, mais aussi sur les actes de transgression, les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte que le conflit accentue, exacerbe ou révèle. Ses conclusions dépassent le cadre strict du conflit, donnant à tous ceux qui s’intéressent aux problématiques des 13-17 ans matières à réflexions. Un livre riche que justifie le prix Augustin Thierry qui l’honore.

l'appel de la guerreQuel rapport avec le conflit franco-prussien de 1870, objet prioritaire de ce blog ? Peu a priori, puisqu’il n’aborde pas le sujet, mais beaucoup plus qu’attendu a posteriori.

En octobre 2018, la question des jeunes engagés dans le conflit franco-prussien était abordé dans un article intitulé Les petits patriotes de 1870. Ils étaient assez nombreux pour avoir suscité la création d’une association – Les enfants volontaires de 1870 – œuvrant à la reconnaissance de leur participation à la guerre. La tentation est vive de vouloir comparer leur expérience à celle des adolescent.e.s étudié.e.s par Manon Pignot.

De nombreuses similitudes justifient le rapprochement. Les trois premiers chapitres de L’appel de la guerre soulignent les parallèles qu’une étude poussée mettrait en évidence : semblable processus d’engagement, pour le même type de raisons, avec la même diversité de profils, des jeunes issus de toutes les régions occupées ou traversées par les armées ennemies ; une présence également de jeunes filles, « minorité d’une minorité ». Le 6e chapitre qui s’emploie à évaluer la mémoire des ado-combattants fait également apparaître des récits qui se ressemblent. La Légion des 1000 de 1935 semble faire écho aux Enfants volontaires de 1870, organisations au sein desquelles s’expriment les mêmes « rancœurs » que celles formulées après la Grande Guerre (p. 259).

La comparaison, toutefois, s’arrête là ; ou elle ne vaut que pour les différences qui s’affirment principalement dans les chapitres intermédiaires (3 à 5). Les influences en amont des raisons de l’engagement, par exemple (chap. 3), ne sont pas toutes transposables. L’engagement en 1870 de fils de militaires se retrouve en 1914 ou en 1940, mais la préparation collective n’est pas comparable : il n’y a pas de revanchisme ou un patriotisme aussi construit en 1870 qu’en 1914 et la surprise que provoque la déclaration de guerre à la Prusse en juillet 1870 n’existe pas 44 ans plus tard. Dans une France où l’école n’était pas encore obligatoire et l’engagement dans la vie active plus précoce, l’acceptation des adolescents dans les rangs de l’armée ne semble pas non plus comparables avec la situation de 1914.

La différence tient aussi à la  durée de la Grande Guerre (5 ans) qui permet que se créent des liens et des expériences qui furent forcément plus ténues en 1870, conflit qui ne dura que cinq mois et durant lequel la fragmentation rapide des unités ne favorisa pas la mise en place des relations de protection mentor/ado que décrit Manon Pignot. Les situations de siège (Paris, mais aussi Bitche, Belfort, Metz…etc.) voient au contraire se mettre en place des relations qui ne se retrouvent pas dans  les tranchées, telles ces actions menées par des femmes avec leur(s) enfant(s) (voir le cas, par exemple, du clairon de Belfort, Adolphe Baulmé, et sa mère).

Différence encore dans la nature de la guerre : d’un côté le confinement de groupes d’hommes dans les tranchées, de l’autre des situations de siège qui enferment ensemble (mais chacun chez soi, malgré tout), des populations civiles protégées par des troupes ou des gardes nationaux sédentaires. Il n’y a rien de comparable entre les deux expériences et les adolescents de 1870 ne sont pas toujours dans les situations de rupture que décrit Manon Pignot.

Une dernière différence apparaît enfin dans les conclusions ou l’épilogue ; mais là, les frontières semblent se déplacer, les expériences de 1870 et 1914 se ressemblant plus que celles ultérieures des guerres civiles ou mondiales du XXe siècle. En ces dernières occurrences, la rupture générationnelle (p. 271) serait plus forte que pour les deux premiers conflits qui auraient, au contraire, contenu cette rupture. Telle est l’impression qui ressort de l’étude, question qui reste à méditer.

Le livre de Manon Pignot offre enfin d’intéressants exemples de reconstruction de l’expérience vécue (p. 195-196) quand elle cite les récits de Noël Vacher (4 ans après les faits, en 1922) et d’Ernest Wrentmore (quarante ans après, en 1958). L’historienne y relève les marques d’une relecture a posteriori de l’histoire qui oblige le lecteur à la prudence face aux témoignages. Ceux-ci en révèlent toujours plus sur l’auteur et le moment où il écrit que sur l’époque dont il parle, réalité qui explique les incontournables disputes entre ceux qui ont vécu – et qui sont convaincus, de bonne foi, de savoir parce qu’ils ressentent – et ceux qui étudient les indices du passé – convaincus de bonne foi de comprendre ce qu’ils ne ressentent pas. Faut-il rappeler – une fois de plus n’est jamais de trop – que le témoin et l’historien ne sont pas rivaux ; ils sont les deux doigts d’une même main, celle qui a vocation à essayer d’éclairer leurs contemporains sur les situations du passé. Cette réalité est confirmée, et même amplifiée, dans le cas des « combattants juvéniles devenus nazis » (p. 197) parce que le souci de justifier leur engagement dans les rangs d’un nouveau combat les incitait plus que d’autres, sans doute, à réécrire leur histoire.

 

Pour en savoir plus : entretien de l’Histoire avec Manon Pignot

 

Plan des chapitres :

Introduction (p. 9-41)

Chap.1 – Comment la guerre vient à la jeunesse (p.42-81)

Chap.2 – l’engagement précoce (p.82-118)

Chap.3 – s’engager, pourquoi ? (p.119-157)

Chap.4 – l’épreuve du feu, rite initiatique (p.158-198)

Chap.5 – Masculinité, féminité, sexualité (p.199-235)

Chap.6 – Après la guerre, la mort ou l’oubli ? (236-264)

Conclusion (265-271)

Posté par J_F Lecaillon à 09:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]