Mémoire d'Histoire

PROGRAMME 2021

FEMMES ET LA GUERRE-V1-1A paraître

aux Editions Pierre de Taillac

Des infirmières aux combattantes en passant par les informatrices, les ouvrières ou les femmes d'influence, petit tour d'horizon de l'activité des femmes et de leur participation active à la lutte, une histoire trop longtemps occultée par des discours historiographiques et des hommages sous le contrôle des hommes.

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En complément, feuilletez le diaporama consacré à ces femmes.

Colloques

9 Janvier, Le Mans : Aux marges de l'invasion : l'Ouest dans la guerre de 1870-1871, organisé par l'université du Mans et de l'Université de Rennes 2.

6 Février, Bordeaux : La guerre de 1870, organisé par le Centre Généalogique du Sud-ouest (CGSO) 

4 Décembre, Champigny : La mémoire de la guerre de 1870, organisé par la Société d'Histoire de Champigny-sur-Marne.

 

Conférences

13 Février, Sedan : Les femmes et la guerre de 1870, organisée par l'Association d'Histoire du Sedanais.

8 Mars, Amiens : Les femmes et la guerre de 1870, organisée par la municipalité et l'APHG de Picardie.

25 septembre, Belfort : Mémoires de 1870, une originalité belfortine ? organisée par la bibliothèque municipale.

Octobre (Date à fixer après report pour cause de pandémie), Châteaudun : La guerre de 1870 à travers le regard des peintres français (1871-1914), organisée par le Musée des Beaux-arts de Châteaudun.

 

Sujets de conférence possible (à fixer sur demande)

Représentations concurrentes de la guerre franco-prussienne, analyse comparée de quelques oeuvres témoignant d'une bataille des images pendant les années 1872-1914.

Gloria Victis ! Comment les Français et leurs artistes ont fait résilience de la défaite.

 

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15 janvier 2021

MERCENAIRES, ANARCHISTES ET BANDITS...

taladoire rectoAprès les sociétés de la Mésoamérique, la découverte de l'Europe par les Américains d'origine (D'Amérique en Europe. Quand les Indiens découvraient l'Ancien Monde (1493-1892), CNRS Éditions), puis un petit arrêt dans le XIXe siècle de l'Intervention française au Mexique sous Napoléon III (Les Contre Guérillas françaises dans les Terres Chaudes du Mexique (1862-67). Des forces spéciales au XIXe siècle. L’Harmattan, Paris ; Pepita, la femme du traître. Gingko, Paris), Eric Taladoire poursuit son parcours dans la longue et riche histoire du Mexique. Cette fois, c'est pour nous plonger dans les péripéties de la révolution mexicaine à l'aube du XXe siècle. Et ce n'est pas pour une énième version d'un sujet dont les quinze pages de bibliographie proposée pourrait faire craindre un caractère de "déjà vu".

taladoire versoSur la foi de la table des matières, par de surprise. De la "pax porfiriana" à la "construction du mythe", le récit se déroule selon le rythme de la chronologie. L'auteur raconte et questionne l'événement. Rien que de très classique a priori. L'intérêt de l'ouvrage est ailleurs, signifié dans sone titre qui met l'accent sur des figures d'anarchistes et de bandits fidèles à la légende ; mais sur les mercenaires, aussi, ces étrangers sur la terre du Mexique. Taladoire s'intéresse aux immigrés venus de tous les horizons, inscrivant son analyse dans le courant de l'histoire globale tel qu'il s'affirme dans l'historiographie de ces dernières années. Plus qu'une préfiguration de la Grande guerre, la Révolution mexicaine est un événement qui interpelle le monde et amène les puissances étrangères (et leurs ressortissants) à s'en mêler. Belle occasion pour le mettre en perspective internationale.

Dans ce cadre, Eric Taladoire dresse la liste (annexe 2) des étrangers présents et/ou impliqués dans la Révolution, 22 pages (327-349) de noms répertoriés qui témoignent de l'authentique caractère transnational de ces sept années de tumulte.

 

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14 janvier 2021

REPRESENTATIONS CONCURRENTES DE LA GUERRE

Legrand, devant le rêve (1897)Des représentations concurrentes

de la guerre franco-allemande de 1870

Petit essai d’analyse comparée

En 1870, dans le cadre de la guerre franco-allemande, de nombreux artistes-peintres furent incorporés dans des unités combattantes. Édouard Detaille et Alphonse De Neuville sont les plus célèbres d’entre eux ; Henri Regnault et Frédéric Bazille, les plus illustres parmi ceux qui y perdirent la vie. D’autres noms viennent rapidement à l’esprit. Ceux, pour n’en citer que quelques-uns, de René Princeteau, Charles Armand-Dumaresq, Lucien Sergent, Alexandre Protais comme ceux de témoins privilégiés en tant que gardes nationaux tels Édouard Manet, Ernest Meissonier, James Tissot ou Edgar Degas. La manière dont ils ont représenté leur expérience de la guerre offre une belle matière pour voir comment les Français ont ressenti les affres de l’Année terrible et comment ils en ont fait mémoire de façons différentes, voire opposées. Comparer le travail du revanchiste Édouard Detaille avec celui du pacifiste Henri Rousseau, celui d’Alphonse De Neuville à celui de Lionel Royer, offrent de beaux cas d’école. La comparaison de tableaux prenant un même épisode de la guerre pour sujet – le départ de Gambetta en ballon,le 7 octobre 1870, par exemple – permet de cerner des différences d’interprétations. Une œuvre comme Devant le rêve de Paul Legrand invite aussi à s’interroger sur deux tableaux homonymes, Le rêve de Pierre Puvis de Chavannes (1883) et celuid’Édouard Detaille (1888) qui semblent se faire écho à cinq ans d’intervalle. Encore faut-il prendre le temps de les replacer dans leur contexte de création. Que révèlent ces représentations concurrentes inspirées par la guerre de 1870 ?

[Pour lire l'article : Représentation conccurentes...   ]

Detaille vs Rousseau

Detaille et De Neuville, Panorama de Champigny,      Rousseau bataille de champigny

De Neuville face à Royer

cimetière de St Privat      Royer, Bataille d'Auvours

Noro contre Guiaud et Didier

Didier et Guiaud, départ de Gambetta en ballon place Saint-Pierre (1871)      Noro départ de Gambetta en ballon 1870

Devant le rêve de Paul Legrand

Puvis_de_Chavannes, le rêve     Detaille, le rêve

 

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31 décembre 2020

C'EST LA NUIT SURTOUT QUE LE COMBAT DEVIENT FURIEUX

arton2142Après Les souvenirs d'une morte vivante de Victorine Brocher en 2017 et Eugène Varlin, ouvrier-relieur (1839-1871) en 2019, les éditions Libertalia publient pour les 150 ans d'anniversaire de la Commune un nouveau et précieux témoignage : celui d'Alix Payen, née Milliet, fille de Félix Milliet - ancien officier de cavalerie, franc-maçon et fouriériste - et de Louise de Tucé, soeur d'Adrien, général du second Empire qui participa aux expéditions en Syrie, au Mexique et à la campagne de France jusqu'à la bataille de Sedan. Elle est aussi la soeur du peintre Paul Milliet qui publia en son temps Une famille de républicains fouriéristes : les Milliet. 

alix payenCet ouvrage est rare, plus précieux encore (peut-être) que les souvenirs de Victorine Brocher dans la mesure où il est essentiellement composé de lettres et notes écrites pendant la guerre de 1870 et la Commune, par Alix Payen bien sûr, mais aussi par sa soeur Louise, sa mère ou son père. Il s'agit donc de récits écrits "à chaud" et non a posteriori. Ce sont aussi des textes privés, n'ayant jamais eu vocation à publication. Si les convictions politiques s'y affichent sans détour, elles se font avec une franchise critique et dans le souci de partager les soucis et petites joies du quotidien qui en rend le contenu plus personnel, intime parfois, proche du terrain surtout.

Cinq premières lettres sont présentées dans le chapitre Le siège de Paris (p. 17-30). La première est sans date. Michèle Audin la situe en décembre 1870, peut-être le 14 si on se réfère au décret sur le pain "paru ce matin". Les suivantes sont du mois de janvier. Au-delà des informations données sur le premier siège, ces lettres permettent d'ancrer le récit concernant la Commune dans la guerre contre la Prusse et de montrer que l'insurrection ne fut pas qu'un mouvement révolutionnaire mais d'abord la poursuite de la lutte patriotique contre l'invasion étrangère. Si l'ennemi change, il y a continuité entre les deux guerres, la civile et l'étrangère et la patriote de 1870 ne s'est pas subitement muée en mégère révolutionnaire de 1871. Au contraire : le comportement d'Alix Payen aux côtés des combattants et sous le feu de l'ennemi est le même que celui qui fait des ambulancières de 1870 des héroïnes. A ce titre, le témoignage qui nous est présenté est intéressant dans la mesure où il montre comment l'appréciation des actes d'un individu dépend d'abord des motivations qui lui sont associées. Combien d'horribles pétroleuses ont été des patriotes dont les mérites ont été effacés des mémoires parce qu'elles s'étaient insurgés contre la capitulation et les injustices faites aux plus pauvres ?

Les autres lettres sont écrites pendant la Commune, le plus souvent depuis les postes avancés où Alix partage la vie des soldats. On y retrouve toute la richesse du "direct" et du terrain, manière de découvrir la grande humanité et sincérité de ceux dont l'image s'est réduite à celle donnée par leur adversaire. Un beau témoignage. 

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11 décembre 2020

C'EST LA GUERRE (AUDOIN-ROUZEAU)

C-est-la-guerreRésumé (Decitre) :

"La lettre d'un homme décrivant à sa femme ce qu'il reste de leur maison après qu'elle fut rasée par l'artillerie allemande ; la canne sculptée par le Poilu Claude Burloux dans la boue d'une tranchée ; le combat de la veuve Maupas pour la réhabilitation de son mari ou encore la présence de la délégation des gueules cassées à Versailles en 1919 sont autant de "petits sujets sur la violence du fait guerrier".
Stéphane Audoin-Rouzeau, directeur d'études à l'EHESS et président du Centre International de recherche de l'Historial de la Grande Guerre, aime cette micro-histoire, le temps court (le plus court possible parfois), l'incident (souvent minuscule), l'objet isolé ou l'image unique, et finalement l'acteur social dans sa singularité irréductible. "L'activité guerrière constitue un sujet d'une telle ampleur, d'une telle richesse, d'une telle capacité de transformation que mieux vaut peut-être renoncer à la saisir tout entière pour ne s'attacher, après tout, qu'à quelques-unes de ses anfractuosités.
C'est le pari de ce livre, soucieux de rester au plus près des contemporains de la guerre, de leurs pratiques, de leur corps, des objets qu'ils ont fabriqués et tenus dans leurs mains. Au plus près possible, en tout cas."

9782866458973_Q-475x500-1Recueil d'articles, ce livre offre matière à réflexion sur la violence de guerre et le vécu de celle-ci par les combattants de base. La Grande Guerre y occupe une place importante en correlation avec le corps principal des recherches de Stéphane Audoin-Rouzeau. Il renvoie aussi à d'autres conflits, jetant des ponts entre les uns et les autres en permettant de dégager des observations communes aux uns et aux autres. "Comparaison n'est pas raison", bien sûr ; mais l'expérience des uns permet parfois de mieux appréhender celle des autres, surtout quand le rapprochement permet de mettre en évidence les différences qui font la particularité de chaque cas. A ces titres, il y a moyen de tirer le meilleur de cette compilation.

L'historien de 1870 y trouvera deux textes, placés au début d'ouvrage.

"Un vécu de terreur, la bataille de Saint-Quentin, le 19 janvier 1871" (p. 13-26) qui date de 2000.

"Ernest Lavisse et l'invasion dans le département de l'Aisne, 1872" (p. 27-37).

Ce deuxième texte est une analyse des souvenirs de la guerre publiés par Lavisse en 1872. Il permet de cerner l'impact de l'invasion sur l'esprit d'un homme qui allait tant influencer la jeunesse de son époque par ses programmes d'histoire de France et sa volonté de transmettre le sentiment de patriotisme. Au delà du caractère biographique, l'article est un élément intéressant pour comprendre la construction de la mémoire nationale, au moins dans sa version officielle.

Le premier texte est plus centré sur la violence de guerre telle qu'elle peut ressortir des récits de témoignages. Audoin-Rouzeau montre comment cette violence influe sur le comportement des hommes plongés dans les affres du combat, ses incertitudes, les peurs qu'il génère, loin des belles considérations stratégiques du commandement. Un travail qui s'efforce de comprendre les mécanismes de la psychologie individuelle ou collective sur le terrain. L'auteur n'hésite pas à utiliser des observations faites sur les combattants de 1914 - celles notamment du médecin-général Crocq - pour mieux comprendre les mouvements de panique des combattants de 1870. Il fait aussi quelques remarques toujours bienvenues sur la manière dont les témoins racontent leur expérience, observations qui montrent - une fois encore - que l'information transmise en 1871, 1875 ou 1879 par un témoin vaut plus pour comprendre la mémoire de l'évènement un, cinq ou dix ans après que pour la réalité qui s'est joué au temps T du récit.

 

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10 décembre 2020

UN SOUVENIR DU SIEGE PAR LE PEINTRE ERNEST DUEZ

Duez Ernest Au corps de garde (1870)Ce tableau vendu aux enchères aux Etats-Unis il y a quelques années sous le titre Soldats préparant un repas pendant la Commune est une oeuvre de Ernest-Ange Duez datée "vers" 1870. Pour être reconnu ami d'Alphonse de Neuville et d'Edouard Detaille, "il [Duez] n'est pas artiste réputé pour traiter des sujets d'actualité." (Noël et Hournon, p. 43). C'est donc un tableau original par rapport à son oeuvre que cet artiste signe là, qui témoigne de l'impact de l'Année terrible sur les contemporains. Le besoin d'exorciser les souffrances du conflit franco-allemand et de la guerre civile qui le prolongea se lit dans cette façon de sortir des habitudes.

Mais s'agit-il vraiment d'une oeuvre qui fait référence à la Commune ? Benoît Noël et Jean Hournon, qui la présentent dans Parisiana, recensent les détails susceptibles de justifier cette interprétation venue d'outre-atlantique :  "Le mot « gibet » courant en filigrane dans celui de gibelotte (ces révolutionnaires passent pour d’horribles coupeurs de têtes), les allures d’envahisseurs d’une demeure bourgeoise de ces soldats et leurs manières contestables : allumer le feu avec des livres, salir le dessus de cheminée et les murs ou fendre le bois au sabre". A défaut de pouvoir en apporter la preuve, les deux auteurs émettent cependant de sérieux doutes sur la question : "Qu’écrit au juste le soldat sur le mur ? Grand café ( ?) renommé – Gibelotte à toute heure. L’expression est vierge de faute d’orthographe. Est-il vraiment une brute épaisse ?". Ce premier argument n'est pas le plus convaincant. Il entretient l'idée contestable qu'un communard serait forcément une brute sans instruction, donnée que dément la référence à Louise Michel - institutrice - Louis Rossel - colonel de l'armée - Jules Vallès - journaliste et écrivain - ou Alix Payen - la soeur du peintre Paul Milliet - pour n'en citer que quelques-uns. Plus intéressant sont les faits : Duez fut garde national pendant le siège mais "il est exclu que Duez ait fait partie de la Commune" assurent Noël et Hournon. La scène - qui semble prise sur le vif et qui est réalisée "sur bois, support généralement choisi pour les études en extérieur" - suggère une complicité de la part de l'artiste que sa biographie ne confirmerait pas. Noël et Hournon précisent par ailleurs qu'ils n'ont trouvé dans dans le corpus des œuvres de Duez qu'un seul titre susceptible de correspondre à la scène : Au corps de garde. Celui-ci renvoie plus à l'expérience de garde national de Duez qu'à une situation liée à la Commune. Dernier point qui serait décisif s'il était confirmé : la date supposée de la création, à savoir 1870.

Noël et Hournon n'affirment rien, mais leur préférence va à l'hypothèse siège de Paris plutôt que Commune. En faveur de celle-ci concourt encore le fait que la scène évoque la consommation de rats qui concerne le seul siège de Paris alors que le blocus fut levé avant l'insurrection du 18 mars. Le marché aux bestiaux de la Villette fut rouvert le 7 février 1871 et la vente de la viande de nouveau libre à cette même date. Dans le contexte de la Commune qui se met en place un mois et demi plus tard, la scène n'aurait donc pas vraiment de sens.

PS : Dans la lettre qu'elle adresse à sa mère en date du 24 avril 1871, Alix Payen raconte : "J'ai trouvé dans une cour des monceaux de livres de piété déchirés, brûlés. Peut-être y avait-il des livres de valeur, malheureusement il se trouve toujours des imbéciles ignorants qui ne se plaisent qu'à détruire. Je dois dire pourtant que tous ceux que j'ai regardé parmi ces volumes étaient des récits de miracles idiots ou des exemples de piété de jeunes séminaristes" (in Payen, Alix, C'est la nuit surtout que le combat devient furieux, Paris, Libertalia, 2020 ; p. 62). Cet extrait montre que l'image du communard ignorant brûlant des livres n'a rien de totalement extravagant. Mais, dans sa partialité, Alix Payen semble plutôt témoigner d'un acte politique commis par des individus qui ont choisi les livres qu'ils ont décidé de détruire.

Source :

Benoît Noël et Jean Hournon : Parisiana, la capitale des peintres au XIXe siècle. Paris, Les presses franciliennes, 2006 ; p. 42-45.

 

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28 novembre 2020

LES REVANCHES DE 1878

hugo en 1878

[30 juin 2018 - billet mis à jour le 28 novembre 2020. Voir en fin de page]

Cent quarante ans nous séparent de 1878, année qui fait peu mémoire dans la France d’aujourd’hui. Rares sont ceux qui sauraient l’associer à un événement « mémorable ». Victor Hugo, pourtant, la qualifiait de ce mot. « L’œuvre de l’année 1878 sera indestructible et complète », assurait-il encore le 17 juin de cette « glorieuse année » [...] S’est-il trompé ? [...] En quoi 1878 est-il une année qui mériterait plus d’attention qu’elle en a au panthéon de nos gloires nationales ?

1878, année festive

Le trentenaire des journées révolutionnaires de février 1848 [...] est célèbré le 24 février, au Père-Lachaise, pour l’inauguration d’un monument à la mémoire d’Alexandre Ledru-Rollin. [...] Tout ce que Paris compte de personnalités républicaines se presse dans les allées du cimetière. [...] Victor Hugo prononce un discours « cent fois interrompu par des acclamations enthousiastes » d’une « foule énorme », assure Le National (25 février). [...]Monet-montorgueil

Le 30 juin 1878, Paris pavoise aux couleurs de la République comme jamais, ainsi qu’en témoignent les tableaux de Manet et de Monet. L’ambiance festive est d’autant plus réussie que la capitale vit depuis deux mois dans celle très animée de l’Exposition universelle. [...]

L’année invite aussi à la célébration de deux anniversaires prestigieux : le centenaire de la mort de Voltaire le 30 mai et celui de la disparition de Rousseau le 2 juillet. [...]

Dans ce contexte, le Congrès littéraire international et le Salon des Beaux-arts sont encore des occasions d’exprimer une fierté nationale en adéquation avec les grandes fêtes du millésime. [...] L’ambition retrouvée d’une France relevée de ses ruines suffit-elle à faire de 1878 une année plus « mémorable » qu’une autre ? [...]

Des enjeux décisifs

Clésinger, la République[...] La bataille des symboles se livre pendant les fêtes. Le 1er mai, lors de l’inauguration de l’Exposition universelle, le légitimiste Mac-Mahon fait ainsi jouer Vive la France !, un hymne écrit par Déroulède et mis en musique par Gounod, lequel entretenait des sympathies bonapartistes. Mais le public réclame La Marseillaise que l’orchestre s’empresse de jouer. [...] Le 30 mai, La République de Clesinger est inaugurée en grande pompe au Champs de Mars. [...] La fête est un grand succès. « Il n’est pas un habitant qui n’ait décoré sa maison et illuminé ses fenêtres », rapporte Le Temps du 1er juillet. [...] Pour l’occasion, 1 255 000 drapeaux tricolores ont été vendus ! La bataille des images est largement gagnée par les républicains. [...]

Le millésime est aussi décisif sur la scène des relations extérieures. L’Exposition internationale qui se tient à Paris en est l’enjeu. [...] « C’est demain que Paris reprend, par la seule force de son génie artistique, intellectuel, industriel et moral son rang et son titre de capitale des nations », proclame Le Gaulois du 1er mai 1878. [...] « La France se lève » et supplante les Nations qui privilégient la force, se félicite Victor Hugo lors de son discours du 17 juin.

Les manifestations qui marquent l’année 1878 sont donc l’occasion pour les républicains de marquer des points décisifs aux dépens de leurs principaux adversaires politiques et pour la France d’affirmer ses ambitions rétrouvées. Mais l’année est surtout l’occasion de belles revanches.

La revanche sur les partis « républicides »

[...] Pour (les ennemis de la République), il n’est pas question de ne pas participer à la fête, de la déprécier moins encore sous peine d’être accusé de trahison ! [...] (Pour eux) la France de 1878 mérite considération. [...] Quelle formidable revanche sur ceux dont le Prince avait détruit la République de 1848 par le coup d’État de 1851 ou mis en cause sa légitimité cinq années durant (1871-1876) !

Manet, rue Mosnier aux drapeauxLa Revanche des républicains sur l’Empire se lit aussi par la comparaison établie entre les Expositions universelles. Le 12 août 1877, Philippe de Chennevières avait prévenu : « N’oubliez pas que l’année 1878 doit faire date dans l’histoire de cette École comme y ont fait date 1855 et 1867. […] Charles de Mazade lui répond dans la Revue des deux mondes du 30 juin 1878 :« On voulait à tout prix une fête rare, unique, splendide, qui éclipsât les fastes de l’empire […] (le gouvernement) a réussi » !

Les républicains peuvent [...] se poser en rassembleur du peuple français : « C’est la République que chacun vient fêter », assure J. Charbonnier dans Le National du 2 mai. Pour Le Temps du 1er juillet, « Il n’est pas un habitant qui n’ait décoré sa maison et illuminé ses fenêtres. Patrons, commis, ouvriers, tous avaient rivalisés d’ardeur. […] Oui, c’est vraiment la fête de tous ». [...] L’opposition n’y trouve rien à redire : « On cherchait une fête nationale, cette fête est trouvée ».

La revanche sur l’Europe et l’Allemagne

1878 est l’objet d’une seconde revanche : celle de 1870. [...] À tous ceux qui se présentent aux portes (de l'Exposition universelle), les organisateurs annoncent la couleur : « Entrez et venez voir comment une nation se relève, venez contempler les merveilles de celle dont on a brisé l’épée, mais dont on n’a pu éteindre le génie ». [...] Le Petit Journal est plus explicite : « La France battue, écrasée, mutilée, ployant sous le poids d’une dette de cinq milliards, souffrant pour des fautes que l’Empire avait commise, humiliée mais non déshonorée, la France n’a pas perdu courage ». [...]

Pavillon de l'Algérie expo 1878 parc Trocadéro (avec maison d'Alsace des optants)La France prend sa revanche sur l’Europe et l’Allemagne en paie le prix. L’Exposition de 1878 ne propose aucun pavillon allemand à la curiosité des visiteurs. Par contre, ceux-ci ont tout loisir de découvrir les charmes de celui attribué à l’Alsace-Lorraine ! Situées en bonne place dans le parc du Trocadéro, deux maisons permettent aux Alsaciens et Lorrains qui ont opté pour la France de présenter leur nouveau cadre de vie en Algérie. [...]

Mercié, Gloria victisDans ce contexte, Quand même ! d’Antonin Mercié (1874), autrement connue sous le titre évocateur de Gloria Victis ! occupe une place de premier choix. [...] Peut-on imaginer plus  provocante manière de déclarer au monde que le vainqueur de 1870 n’est pas celui que le sort des armes a consacré ? [...]

Zola tire la leçon : « Nous avions l’intention de prendre notre revanche, mais non pas sur un champ de bataille. Obligés de nous contenter d’une politique d’attentisme, nous nous sommes dits que dorénavant nous nous distinguerions surtout par notre rôle dans la paix européenne et le progrès humain ». Le 1er mai 1878, ajoute-t-il, « la joie planait sur toutes les têtes, une joie pure sans mélange. Personne ne criait plus A Berlin, à Berlin ! Tous se contentaient de la victoire du Champs-de-Mars et du Trocadéro[3]. » De fait, une telle réaction n’avait rien de surprenant. Elle était l’expression même de la stratégie adoptée par Gambetta qui venait de rompre l’année précédente avec Juliette Lamber-Adam, l’égérie du revanchisme armé. [...]

La bataille des mémoires et le paradoxe d’une revanche accomplie

1878 est l’année d’une revanche acquise sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Elle est pourtant aujourd’hui oubliée. Elle l’est d’autant plus que le mot « revanche » renvoie à une autre attente dans la mémoire des Français : celle de la reconquête par les armes des provinces perdues en 1871. Ce caprice de la mémoire mérite qu’on s’y attarde.

[...] La revanche « douce » incarnée par Gambetta défendait un projet qui fut mis en œuvre dans les années 1880. [...] Au terme de cette période de réformes, l’Exposition universelle de 1889 s’est posée comme [...] l’aboutissement des promesses annoncées en 1878, quand 1890 est précisément l’année que Christian Amalvi[5] identifie comme étant celle où le thème de la Revanche souhaitée par Déroulède entre dans « l’ère du soupçon ». [...] 

Gambetta par Aubé 1884 (expo 1889)De fait, la revanche par le Progrès et la Paix [...] avait accompli son projet et c’est la raison pour laquelle les Français en oublient le souvenir. Tel est le paradoxe de la mémoire : elle efface de ses registres de ce dont elle n’a plus l’utilité. [...] A contrario, ceux dont le projet avait échoué avaient toutes les raisons d’œuvrer contre l’oubli. [...] Une concurrence des mémoires de 1870 s’est ainsi mise en place. [...]

Le revanchisme « dur » progresse dans la France de 1890-1914. Certes, il reste minoritaire ; il n’en est pas moins très visible. Et, mieux que celle des revanchistes « doux », sa mémoire traverse tout le XXe siècle jusqu’à nos jours parce qu’elle a été légitimée par la victoire de 1918. [...]

Victor Hugo avait donc raison. 1878 était « année mémorable » pour une majorité de Français de l'époque [...] Il s’est pourtant trompé sur au moins deux points : d’abord sur le progrès qui n’a pas effacé la guerre, il l’a seulement modernisée ; concernant la mémoire, ensuite, il a sous-estimé le fait que les peuples ne font pas souvenir de ce qui n’a plus de raison d’être pour eux. 1878 n’est pas restée dans les mémoires françaises parce que les batailles gagnées ont été considérées comme acquises. [...]

 

[28 novembre 2020 : 1878, année mémorable selon Mario Proth]

Ecrivain, journaliste et critique littéraire républicain, Mario Proth est aussi salonnier et publie dans la presse ses impressions sur les salons des Beaux-arts. Entre 1875 et 1878, il fait synthèse de ses commentaires sous le titre générique Voyage au pays des peintres. Le quatrième volume est consacré à l'Exposition universelle de 1878 qui se tient à Paris. D'emblée, sur les traces de Victor Hugo, il présente l'année 1878 comme mémorable, véritable revanche symbolique de 1870.

Il écrit : "Elle est venue, la grande Année, celle qu’ont rêvée, préparée, créée de toute leur sagesse prévoyante et de leur patience parfois héroïque [...] Paris, pour la première fois depuis l’Année Terrible, Paris, le glorieux maudit, s’est réjoui, pavoisé, illuminé. [...] Écrasée, humiliée, abandonnée, bafouée, niée, tenue pour morte en 1871, la France a réussi en 1878 ce qu’on manqué en 1873 la monarchie autrichienne, en 1876 la république américaine. Vaincue hier par le gigantesque effort d’une haine séculaire, la France aujourd’hui a vaincu par l’irrésistible élan de la fraternité. […] Ayant gagné la bataille du progrès, elle dicte l’ultimatum de l’avenir : Travail et Paix. Par ce prodigieux relèvement, la Révolution française est justifiée, garantie. 1870 a vu son épreuve. 1878 a vu son apothéose" (p. I et II).

 

Pour lire l'article dans son intégralité (13 pages en format PDF, 10 illustrations), cliquez sur le lien ci-dessous :

Les revanches de 1878, année "mémorable".

 

Bibliographie

Amalvi (Christian), « Le mythe de la Revanche à l’école et au foyer de 1871 à 1914 », L'Amitié Charles Péguy, Paris, 2000 ; p. 245-260. Disponible sur Gallica à l’adresse suivante : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9603453q/f127.image.r=%22revanche%20de%201870%22

Bitard (Adolphe), Exposition de Paris 1878, Paris, Librairie illustrée, 1878.

Clarétie (Jules), Les artistes français à l’exposition universelle de 1878. Paris, Decaux, 1879.

Chandler (Arthur), « Heroism in defeat. The Paris exposition universelle of 1878 », World's Fair magazine, Volume VI, Number 4, 1986. http://www.arthurchandler.com/new-pageparis-1878-exposition

Dalisson (Rémi), Célébrer la nation. Les fêtes nationales en France de 1789 à nos jours, Paris, Nouveau monde éditions, 2009.

Delon (Michel), « 1878 : un centenaire ou deux ? », Annales historiques de la Révolution française, année 1978, n° 234, pages 641-663. https://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_1978_num_234_1_1032

Gaillard (Marc), Paris : les Expositions universelles de 1855 à 1937, Presses franciliennes, 2005.

Hemmings (F.W.J.), « Emile Zola devant l’exposition universelle de 1878 », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, n°24, année 1972.

Goulemot (Jean-Marie) et Walter (Eric), « Les centenaires de Voltaire et de Rousseau. Les deux lampions des Lumières », in Nora (Pierre), Les lieux de mémoire, Tome 1, Paris, Gallimard, p. 406-408.

Laugée (Thierry) et Rabiller (Carole), « Discours nationalistes sur l’art au XIXe siècle », in Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l’Europe, https://ehne.fr/article/lart-en-europe/discours-nationalistes-sur-lart-au-xixe-siecle/discours-nationalistes-sur-lart-au-xixe-siecle

Mazade (Charles de), « chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire », Revue des deux mondes, 30 juin 1878.

Ory (Pascal), Les expositions universelles de Paris : panorama raisonné. Paris, Ramsay, 1982.

Roustan (Fortuné), La prochaine revanche de 1870 par notre future alliance avec la Russie et l'Autriche : en invoquant Dieu et Jeanne Darc la France sera victorieuse. Paris, les principaux libraires, 1877. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54680359/f6.image.r=%22revanche%20de%201870%22

 

[3] Cité par Hemmings (1972), p. 144.

[5] Amalvi (2000) ; p. 245-260.

 

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30 octobre 2020

LA RESISTANCE DE PAUL CABET (Dijon)

Photo LBP/Bibliothèque municipale de DijonIl y a 150 ans, le 30 octobre 1870, les habitants de Dijon prenaient les armes pour repousser les troupes badoises prenant la ville d'assaut. Les combats menés sur la route de Gray jusqu'à la place Saint-Pierre par des troupes régulières et une partie de la population sont vains. Le bombardement de la ville a raison de la résistance. La République rend toutefois hommage au courage des habitants en attribuant la Légion d'honneur à la ville.

Clerget (Hubert), monument à la défense de DijonLa commune décide au lendemain de la guerre d'élever un monument commémoratif. La première pierre en est posée le 30 octobre 1871. Au sommet d'une colonne conçue par Félix Vionnois, est placée une statue conçue par le sculpteur Paul Cabet. La ville est figurée sous la forme d'une allégorie féminine coiffée d'une couronne crénelée très convenue, mais Cabet rajoute un bonnet phrygien par dessus celle-ci. Ce détail jugé séditieux par le préfet, l'oeuvre est déboulonnée le 21 octobre 1875, cinq jours avant l'inauguration du monument, puis la statue détruite.

800px-Marianne_combattante_par_Paul_CabetEn 1876. C’était l’époque de l’Ordre moral (1873-1876), gouvernement légitimiste du duc de Broglie, sous la présidence du très légitmiste maréchal de Mac-Mahon. La bataille des images faisait rage, écho des combats idéologiques opposant Monarchistes et Républicains.

 

 

 

Source : Les monuments aux morts, université de Lille.

Varley (Karine) : Contesting Concepts of the Nation in Arms: French Memories of the War of 1870-1 in Dijon, 2006.

Wikipédia : Article Paul Cabet

Gallica, dessin de Hubert Clerget.

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24 octobre 2020

LE PERE-LACHAISE EN MODE 1870

[1ère édition le 25 septembre 2018, billet mis à jour le 24 octobre 2020]

Le cimetière du Père-Lachaise est bien connu comme haut lieu des derniers combats de la Commune de Paris. Il est aussi un espace de mémonument au sergent Hoffmoire du conflit franco-prussien dont la fin précipita l'insurrection du 18 mars 1871. Aux visiteurs, il offre pas moins de 85 occasions de se souvenir de cette guerre et d'en évoquer les différents chapitres. Mais inutile de chercher sur le plan proposé par la Conservation du cimetière. Exception faite de Nadar, qui peut être associé à la guerre de 1870 en tant que fabricant de ballons, aucune des 85 sépultures et des 23 monuments recensés sur ce plan ne renvoient à la guerre de 1870.

plan des stations 1870 (copyright)Au hasard des allées, mis en évidence ou perdus dans les recoins des différentes divisions, le promeneur peut ainsi y découvrir trois monuments aux morts de 1870-1871, quinze sépultures de combattants tués à l’ennemi ou morts de leurs blessures, quarante sépultures d’officiers ayant participé aux combats du moment ou s'y étant illustrés, vingt-deux sépultures de personnalités civiles ayant joué un rôle dans la guerre et au moins sept sculptures (en pied, en buste, bas reliefs...) et autres décorations. Nous ne passerons pas en revue ici chacun de ces points d'ancrage dans la mémoire de 1870. Ce serait long, fastidieux et, parfois, de faible intérêt. Contentons-nous de quelques stations incontournables pour ceux qui s'intéresseraient à la question. Elles sont principalement concentrées dans la moitié Ouest du cimetière, celle située du côté de l'entrée principale donnant sur le boulevard de Ménilmontant.

morts de 1870 lachaiseLe monument aux morts du siège de Paris (division 64). C'est le point de départ un peu obligé. Il fut élevé  à la mémoire des soldats morts au combat pendant le siège de Paris. Le monument est constitué d'une pyramide au pied de laquelle figurent quatre statues en bronze représentant un Garde mobile (oeuvre de Camille Lefèvre), un artilleur (oeuvre de J.-B.-C.-E. Power), un fusilier marin et un soldat de ligne (oeuvres de Louis Schroeder).

Le monument des Gardes nationaux de la Seine tués au combat de Buzenval le 19 janvier 1871 (division 72, juste à côté du précédent). Ce combat fut la dernière tentative des assiégés pour percer les lignes allemandes. Les partisans de la poursuite de la guerre à outrance contre la Prusse accusèrent le général Trochu (responsable de la défense de Paris), d'avoir sciemment envoyé les Gardes nationaux à la mort pour mieux démontrer la nécessité de la capitulation signée dix jours plus tard.

tombe du général WimpffenLa tombe du général Wimpffen (division 47). Cet officier dont le buste surmonte la sépulture est le dernier commandant de l'armée de Chalons enfermée dans Sedan avant que l'Empereur Napoléon III rende son épée. C'est la raison pour laquelle le nom de "Sedan" apparaît dans un bandeau sur l'avant de la tombe.

La tombe du commandant Elie Jean de Vassoigne (division 4). Commandant en chef de la 3e division d’infanterie de marine, il s’illustre à Beaumont puis à Bazeilles (près de Sedan), reprenant trois fois le village à l’ennemi et ne faisant sonner la retraite qu’après avoir fait brûler les dernières cartouches de ses hommes. L'épisode est immortalisé par le célèbre tableau d'Alphonse de Neuville Les dernières cartouches (1873).

La tombe du général Uhrich. (division 50). Commandant de la 6eme division militaire de Strasbourg, il incarne la courageuse défense de la capitale alsacienne. Après des semaines de bombardements intenses, il dut capituler le 20 septembre 1870. La tombe est surmontée du buste du général.

monument à la défense de BelfortLe monument aux défenseurs de Belfort (division 54). Il rend hommage à la seule place forte que les Allemands ne réussirent pas à prendre, ni par les armes, ni par voie de capitulation. Le colonel Denfer-Rochereau (dont le buste surmonte le monument) qui commandait la place dû céder celle-ci le 18 février 1871, sur ordre de Paris, après 104 jours de siège. Cette résistance permit à la ville de rester française. 

La tombe du sergent Hoff (division 4). Il est le héros du siège, une sorte de sniper de l'époque, redouté des Prussiens. Il fit de nombreuses victimes dans leurs rangs. Une statue honore sa mémoire devenue légendaire.

La tombe du chef de bataillon Ernest Baroche (division 4). Chef du 12e bataillon de la garde mobile de la Seine, il fut tué lors de la bataille du Bourget (28-30 octobre) immortalisée elle aussi par un tableau d'Alphonse de Neuville. Cette bataille eut lieu au moment où Bazaine capitulait à Metz. La double annonce de l'échec du Bourget, puis de la reddition de l'armée du Rhin (170 000 hommes faits prisonniers) provoqua une crise à Paris et une tentative de coup d'Etat le 31 octobre.

DSC_0494                            tombe du commandant baroche

La tombe d'Anatole de la Forge (division 66). Elle est facilement repérable par la statue (oeuvre de Barrias) en pied qui la domine. Celle-ci rend hommage à un journaliste promu préfet de la Défense nationale après le 4 septembre 1870 (proclamation de la République) et qui s'illustra en repoussant une colonne prussienne venue pour s'emparer de la ville de Saint-Quentin (8 octobre 1870).

La tombe de Gustave Flourens (division 66). Connu comme homme politique rallié à la Commune et tué par les Versaillais le 3 avril 1871, il fut d'abord chef du bataillon de la garde nationale de Belleville et l'un des organisateurs de la tentative de coup d'Etat du 31 octobre 1870 contre le gouvernement de la Défense nationale.

La chapelle de la famille Detaille (division 66). Chapelle de la famille Detaille"Ici reposent" le peintre et le prisonnier mort en captivité. Soldat au 8e régiment des mobiles de la Seine, Jean Baptiste Edouard Detaille est un des grands maîtres de la peinture militaire et principal illustrateur de la guerre de 1870. Son frère, Jean Baptiste Julien, de trois ans son cadet, s'engagea au 2e bataillon de chasseurs, participa aux combats sous Metz. Fait prisonnier, il fut déporté à Dresde où il meurt le 7 décembre 1870. Une plaque commémore cette triste fin. [voir Jean Baptiste Julien Detaille]

La tombe d'Auguste Jenny (division 69), commandant du 10eme baton des mobiles de la Seine, tué à la tête de son bataillon, le 21 octobre 1870 à Stains. [caveau familial]

La tombe de Jean-Joseph Chevalier (division 44). Simple lieutenant d'artillerie, blessé lors de la bataille de Champigny (30 novembre - 2 décembre), il meurt le 3 décembre à l'ambulance du Corps légJean Joseph Chevalierislatif. Immortalisée par le Panorama réalisé par Edouard Detaille et Alphonse de Neuville, la bataille de Champigny fut la principale tentative de sortie des forces françaises (sous le commandement du général Ducrot). La tombe est ornée d'une stèle avec un médaillon à l'effigie du défunt. 

La tombe de Gaston et Albert Tissandier (division 27). Ils font partie des aérostiers qui se sont illustrés lors du siège de Paris. Gaston quitte la capitale le 30 septembre 1870 à bord de La Céleste ; Albert décolle le 14 octobre à bord du Jean Bart n° 1, avec Arthur Ranc et Victor Ferrand.

famille Tissandier    Juliette dodu

La tombe de Juliette Dodu (division 28). Elle est l'héroïne féminine de la guerre. Receveuse des postes à Pithiviers, elle aurait réussi à intercepter les dépêches allemandes et à les transmettre à l'état-major de l'armée de la Loire. Si l'histoire est sujette à caution, Juliette Dodu n'en est pas moins l'incarnation de la résistance civile à l'ennemi. [voir Juliette Dodu : histoire, mythe et mémoire]

La tombe d'Albert Jules Lemaire (division 23). La présence de cette sépulture dans la liste tient au fait que nous avons là l'exemple du simple soldat. L'histoire retient les noms des seuls acteurs de gestes remarquables. Elle oublie les autres qui n'en ont pas moins sacrifié leur vie. Albert Lemaire fut tué le 22 novembre 1870 près d’Orléans. Sur sa tombe difficile à localiser, la famille fit porter cette seule inscription : « Sainte victime de la guerre de Prusse » (épitaphe devenue illisible). On peut lui préferer la tombe d'Ernest-Léon Saint-Denis (division 10), « tué au combat du Bourget, le 21 octobre 1870 » (chapelle chemin du Père éternel). Mais cette sépulture, aussi, est difficile à trouver.

Les "mordus" trouveront bien d'autres curiosités faisant mémoire de la guerre franco-prussienne. Au Père Lachaise reposent aussi le préfet de police de Paris en octobre-novembre 1870 et l'égérie de la Revanche son épouse, la femme de Mac-Mahon, l'architecte chargé de l'aménagement des fortifications de Paris, un sculpteur qui fondit tout son stock de bronze pour fabriquer des canons... et bien d'autres encore.

Pour tous renseignements complémentaires et précisions ne pas hésiter à laisser un commentaire ci-dessous. Dans la mesure de mes moyens, je m'efforcerai d'y répondre.

Source :

Le hasard de mes promenades et, surtout :

Bauer (Paul), Deux siècles d'histoire au Père Lachaise. Versailles, Mémoire et Documents, 2006.

Attention : Je suis l'auteur de quelques-unes des photos, pas de toutes. Ces dernières sont donc susceptibles d'être soumises à des droits d'auteur. Veillez à le vérifier.

Le plan en début de message est de ma création. C'est une réalisation incomplète, inachevée et (on voudra bien m'en excuser, n'ayant pas eu encore le temps de m'y employer) les emplacements précis ne sont pas tous arrêtés. Ce plan est offert à qui veut pour un usage personnel. Merci.

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17 octobre 2020

S'INSURGER POUR LA PATRIE (Fabien Conord)

41WWJ0RW7FLPetit livre discret, peu épais, mais qui mérite l’attention pour tous ceux qui s’intéressent à l’Année terrible, à la guerre de 1870, à son prolongement insurrectionnel de 1871 et à tout ce qui peut faire mémoire de ces deux crises étroitement imbriquées. En trois chapitres, Fabien Conord analyse les insurrections qui marquent le conflit franco-allemand à des moments clés, celui qui fait suite à la capitulation de Metz (chapitre 1) et celui du 22 janvier 1871 après la tentative de sortie de Buzenval (chapitre 3).

4e FConordPremier intérêt de l’ouvrage : par la mise en parallèle de ce qui se passe au même moment ou pour les mêmes raisons à Paris et à Dijon, Fabien Conord invite le lecteur à sortir de la vision très parisiano-centrée qui préside trop souvent aux études relatives à la guerre de 1870 et à ses prolongations communardes. Au-delà du rappel des évènements et de leurs conséquences, il dessine le profil des acteurs (« anonymes et militants »), leurs motivations et références (chapitre 2) et la mémoire qu’ils ont nourrie. Ainsi isolée de l’insurrection avortée du 31 octobre dans ses effets parisiens et (via l’exemple de Dijon) régionaux, l'approche aide à comprendre les peurs qu’elle a suscitées et comment celles-ci ont pu préparer le déchaînement de violence de la semaine sanglante.

L’étude mériterait sans doute d’être approfondie, mais les conclusions qu’en tire l’auteur rendent à la guerre de 1870 ce rôle de matrice historique que la recherche actuelle remet si bien en lumière. Trois idées fortes ressortent au final.

1/ Les insurrections d’octobre 1870 : la patrie avant la Révolution énonce Fabien Conord (p. 47). L’observation témoigne du patriotisme bien partagé par les Français de 1870, réalité qui a été occultée, oubliée ou effacée quand « la trahison des rouges » (accusation formulée pendant la guerre elle-même) a permis de justifier la défaite et les horreurs d’une révolution noyautée par des étrangers apatrides, accusations qui oubliaient bien vite que les insurgés du 18 mars se justifiaient eux-mêmes par le refus de la capitulation et la poursuite de la guerre à outrance contre les Prussiens, que sont armée fut un temps dirigée par Rossel, officier évadé de Metz parce qu’il voulait poursuivre le combat abandonné par ses chefs, et que ses héroïnes telles Louise Michel et André Léo avaient proposé de s’engager comme soldat pour libérer les hommes des factions aux remparts afin que ceux-ci puissent mieux combattre ; oubli aussi que c’est le sacrifice inutile des gardes nationaux le 19 janvier à Buzenval qui provoqua « l’insurrection du désespoir » (p. 54) du 22.

2/ La Patrie invincible. La conviction est si bien partagée en France qu’elle explique l'entêtement assez général à poursuivre une guerre perdue dès septembre. Elle est dans la plupart des témoignages de soldats et de civils, entretenant l’idée que le miracle de 1792 ne pouvait que se répéter. Quand la Patrie est défendue par les citoyens, elle ne peut pas être vaincue. Fatale erreur au regard de la RealPolitik dont ne se nourrit pas le fantasme patriotique. Il explique bien, en revanche, comment l’irrationnel peut guider les esprits.

3/ "Guerre extérieure" et "guerre intérieure" sont étroitement liées et on ne peut les séparer comme l’historiographie s’y est trop souvent employée. Fabien Conord ne le dit pas en ces termes empruntés aux témoignages de l’époque. Mais c’est bien ce dont se félicite implicitement Quentin Deluermoz quand il annonce que son étude commencera « comme cela est devenu courant pour l’étude de la Commune, avec la guerre franco-prussienne et  la transition républicaine » (in Commune(s). 1870-1871, Paris 2020 ; p. 30). Trop souvent, en effet, l’historiographie se fixe sur un des deux conflits ou « deux sièges », au point de sous-estimer parfois les liens qui les unissent comme le faisait Victor Hugo dans L’année terrible, texte qui court de juillet 1870 à juin 1871 et non dans les limites strictes d'un millésime. Ce lien renvoie à une approche globale à laquelle invitent avec pertinence Nicolas Bourguignat et Gilles Vogt.

En 90 pages et 3 chapitres [Formes et visages ; Motivations et références ; Répliques et rebonds], voilà un petit ouvrage efficace, rapide à  lire et bien inscrit dans la veine du renouveau de la recherche sur la question abordée.

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