Les francs-tireurs des TernesLe 29 janvier 1911, un monument créé par Jules Jouant et dédié aux Tirailleurs des Ternes, volontaires qui s'illustrèrent à la redoute de Montretout et lors de la bataille de Buzenval, fut inauguré avenue des Ternes (aujourd'hui place Tristan Bernard), face à l'Eglise Saint-Ferdinand (Paris XVIIe).

inauguration

Le monument représentait un soldat du bataillon des "Francs-tireurs des Ternes", surnommés « à la branche de houx », par référence à la feuille qui ornait leur chapeau tyrolien de feutre noir. Le reste de leur tenue comportait une capote de laine brune, des guêtres fauves et un large pantalon de drap gris-bleu.

 Cette oeuvre disparut pendant la dernière guerre. La mémoire des volontaires de 1870 n'est plus conservée que par l'enseigne du café Le Franc-tireur.

 le franc tireur

Cette disparition n'a rien d'exceptionnel. Si nombre de monuments aux morts de 1870 furent détruits par les aléas des guerres mondiales, notamment dans les territoires transformés en champ de bataille, quelques-uns furent victimes d'une autre guerre, celle des symboles.

Dans l'article qu'elle consacre aux monuments de 1870, l'encyclopédie wikipédia recense une dizaine de monuments.

Monument de Saint-Quentin (Barrias)

 Les monuments d'Albert (Somme), Wassy (Haute-Marne), Douvrin (Pas-de-Calais) et Saint-Quentin (Aisne) furent détruits. Il est difficile d'en trouver un souvenir, sauf pour le dernier qui n'a pourtant pas fait l'objet d'une reconstitution. Oeuvre de Louis-Ernest Barrias, le monument de la Défense (Saint-Quentin) figurait la ville sous les traits d'une femme avec son rouet. C'est assez original pour être signalé.

BrestCelui de Brest avec son marin et son civil n'est pas moins unique dans sa facture.

 

Verdun

La guerre ne fait pas tout. La destruction des monuments aux morts fut aussi l'effet d'une volonté des belligérants d'effacer du paysage les évocations des affrontements antérieurs. Ainsi, le monument dédié aux défenseurs de Verdun, siège de 1870, fut-il fondu par les Allemands en 1940. Le souvenir de l'échec de 1916 ne fut sans doute pas étranger à cette volonté d'effacement.

CharlevilleRéalisé par Aristide Croizy (un spécialiste de ce type de monument), inauguré dès 1874, le monument de Charleville-Mézières (Ardennes) fut démonté par les Allemands lors de l'occupation du département pendant la Première guerre mondiale.

Monument à Garibaldi restauré (Dijon)

 

Le monument à Garibaldi établi à Dijon fut déboulonné par les Allemands en 1944. Garibaldi y était représenté "debout, tête haute, main gauche appuyée sur son sabre, la droite étendue sur l'autel de la liberté où étaient déposés les attributs de la servitude brisés en morceaux et une couronne de laurier" [voir wikipédia]. Un nouveau monument en a restauré le buste.

Il ne reste rien du monument de Mauriac (Cantal) démonté vers 1965, mais il est possible de s'en faire une idée grâce à une lettre du maire de la commune datée du 4 février 1891. Elle est publiée par le site Cantalpassion. [se reporter en milieu de page, présentation du second monument].

Bartholdi, monument des aéronautes

 A la liste des monuments disparus dressée par wikipédia, il faut encore ajouter une douzaine de monuments, à commencer par celui des aéronautes réalisé par Bartholdi en 1906. Il se trouvait Porte des Ternes, pas très loin donc de la statue des Francs-tireurs des Ternes. Elle fut fondue en 1942 par les Allemands. [Voir un petit historique sur e-monumen.net]

Denfert Rochereau à Montbéliard

 

Autres statues détruites :

Celle du colonel Denfert Rochereau (1879) par Becquet qui se trouvait à Montbéliard sur la place du même nom. [voir l'inventaire général du patrimoine culturel de Franche-Comté].

Le monument de Merville (Nord) qui figure le mobile d'Aristide Croizy, le même qui figure sur de nombreux monuments d'autres communes.

 

 Le sort s'est acharné sur celui de Moreuil (Somme), orné lui aussi par le mobile de Croizy et détruit deux fois : en 1916 d'abord, volontairement par les Allemands en 1940 [historique sur e-monumen.net]

moreuil (détruit)

Les monuments en Alsace furent particulièrement visés. Dans un article parue dans la Revue des sciences sociales, Marie-Noëlle Denis en décompte sept détruits. Mais les Allemands ne sont pas les seuls coupables. Si quatre monuments français ont été rayés du paysage, trois allemands subissent le même sort.

Dans un registre différent, les amis du Père Lachaise nous révèlent (photo à l'appui) qu'autour du monument aux morts de 1870-1871 qui se dresse dans l'enceinte du cimetière, sur les grilles, des ex-votos en souvenir des disparus de la guerre étaient exposés.

Père Lachaise

Le temps fait son oeuvre, les générations passent, les défunts s'effacent de la mémoire des vivants et ils meurent ainsi une seconde fois. Mais toutes ces destructions n'ont évidemment pas le même sens. Quand une guerre efface le souvenir d'une autre que les survivants espéraient être la dernière (voir les monuments aux morts à discours pacifistes), c'est toute l'impuissance de la mémoire à faire leçon qui se trouve illustrée. Quand ce sont les ennemis du passé qui effacent le souvenir de leurs adversaires tombés au champ d'honneur, c'est un peu une double peine qu'ils infligent aux défunts. Abstraits trop tôt des bras des aimés, les voilà retirés du souvenir de la communauté locale ou nationale. Cruel hacharnement de la violence de la guerre ! Une forme symbolique de sa "brutalisation" ?

NB : Ce message n'a pas prétention à l'exhaustivité. Outre ceux recensés par wikipédia et que nous n'avons pas repris ci-dessus, il existe forcément d'autres monuments disparus. Il est non seulement difficile d'en retrouver trace, image encore plus. Toute personne connaissant un monument disparu et disposant d'une image de celui-ci est bien sûr cordialement invitée à compléter cette page si elle le souhaite. Les lecteurs du blog et moi-même les en remercient par avance.

 

Quelques sources :

DENIS (Marie-Noëlle), "Les monuments aux morts de la guerre de 1870 en Alsace", Revue des sciences sociales n°35, Université Marc Bloc, Strasbourg, 2006 ; p. 142-149.

e-monumen le site qui recense les oeuvres du patrimoine monumental français dans le monde

Wikipédia (voir les liens dans le texte).