Palacio de hierro à MexcioLes premiers "Barcelonnettes" sont arrivés au Mexique dès 1821. En 1845, la réussite de deux d'entre eux (Caire et Jauffred reviennent au pays avec 200 000 francs de fortune, une somme énorme pour l'époque) suscita une nouvelle vague de vocations à l'émigration. Trois ans plus tard, la petite colonie comptait une dizaine de maisons de commerce spécialisées dans la vente de tissus. 

Les Barcelonnettes doivent leur succès à leur travail acharné et à leur sens des affaires. A trois évènements aussi qui ont cumulé leur effets à leur avantage entre 1860 et 1875.

Au moment de l'arrivée de Maximilien sur le trône de l'Empire mexicain, en 1864, la colonie s'était encore développée. Elle possédait à cette date 12 magasins à Mexico, 45 en provinces, employant 400 Barcelonnettes (source : Anglade). L'intervention française au Mexique (1862-1867) aurait pu mettre un terme à leur aventure. Face à l'ingérence française, la communauté pouvait craindre des mesures de rétorsion ou d'être la cible des partisans de Juarez. Elle resta prudente, évitant toute compromission avec le régime impérial. Elle prit d'autant plus ses distances que la connivence nationale se conjuguait mal avec les convictions libérales des entrepreneurs qu'ils étaient. Le projet des conservateurs mexicains ne convenait pas à leurs affaires. Heureusement pour eux, Benito Juarez puis Porfirio Diaz ne firent pas l'amalgame entre la politique de Napoléon III et les convictions des ressortissants français. Les Barcelonnettes n'eurent pas beaucoup à souffrir de l'intervention des troupes françaises.

Le Navarre au départ de Saint-Nazaire, vers VeracruzEn revanche, ils purent profiter de l'accélération à leur avantage des échanges transatlantiques grâce à la mise en place d'une liaison régulière Saint-Nazaine / Veracruz qui devait initialement servir le corps expéditionnaire. Les cours du fret s'effondrèrent. Les Barcelonnettes purent échapper aux intermédiaires anglais et allemands par lesquels ils passaient jusque là.

Au même moment, la guerre de Sécession (1861-1865) offrait une opportunité commerciale inédite et à saisir.

Combat contre des guerillasEn effet, occupés par leur guerre fratricide, les Etats-unis laissaient le champ libre à leurs concurrents étrangers dans de nombreux secteurs, à commencer par le commerce du coton. La décision de Napoléon III d'intervenir au Mexique était d'ailleurs en partie justifiée par le souci d'échapper à la dépendance des nord-américains dans ce secteur (voir Lecaillon (Jean-François), Napoléon III et le Mexique, L'Harmattan, 1994, p.38 et suivantes).

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 joua aussi son rôle. Elle provoqua une réaction patriotique des Barcelonnettes contre leurs concurrents allemands. François Arnaud en témoigne a posteriori : "A l’époque de nos désastres, un souffle de colère et d’indignation souleva la colonie française. Les malheurs de la mère patrie éveillèrent au Mexique un douloureux écho. Les Français se réunirent pour envoyer à leurs frères qui combattaient des secours en argent destinés aux blessés et pour aider à la libération du territoire plus tard.Bel élan de solidarité, qui eut aussi sa traduction au Mexique : "Réunis, ils comprirent leur force et l’idée vint aux détaillants qui passaient par la main des entrepositaires allemands de s’adresser directement aux commissionnaires français établis en Europe". (cité par Anglade).

Les Barcelonnettes se mirent à boycotter les usines allemandes. Ceux d'entre eux qui étaient rentrés en France, fondèrent des entreprises d'exportation et de commissions capables d'offrir des crédits aux membres de la colonie.

Chabrand, eviction des Allemands par les BarcelonnettesPatrice Gouy (p. 58) fait le bilan de l'opération : « Sur quatre-vingts maisons d’importation allemandes en 1870, les deux tiers étaient liquidés en 1889. Les Français en avaient alors cent cinquante dont trente de gros ; cent dix-huit appartenaient aux Barcelonnettes." (voir aussi ci-contre ce qu'en dit Emile Chabrand).

Effet collatéral (mais heureux) de la guerre de 1870, la fortune des Barcelonnettes s'appuie partiellement sur une guerre (commerciale) victorieuse au petit goût de Revanche. Si l'explication patriotique ne fut pas décisive, "elle a joué un rôle dans l’assaut contre le commerce allemand de gros et de demi gros." (Anglade, p. 100).

 

Sources :

Anglade (Jean-Louis), Un grand patron Barcelonnette au Mexique : Joseph Ollivier et sa famille, 1852-1932, Barcelonnette, 2010.

Arnaud (François), Documents et notices historiques sur la vallée de Barcelonnette, Marseille, 1981.

Chabrand (Emile), Les Barcelonnettes au Mexique, Paris, Plon, 1897.

Gouy (Patrice), Pérégrinations des Barcelonnettes au Mexique, Grenoble, 1980.

Lecaillon (Jean-François), Napoléon III et le Mexique. Les illusions d'un grand dessein. Paris, L'Harmattan, 1994.

Voir aussi le site Ubaye en cartes postales, Les Barcelonnettes au Mexique