L'assiette au beurre 6-9-1902 le peintre militaire

1902, Salon des Artistes français à Paris. Bien que décriée par les critiques d'art et en déclin, la peinture militaire s'expose sur les cimaises. Sur trente-huit tableaux faisant référence à un épisode de l'histoire, vingt relèvent du genre. Huit renvoient au 1er Empire, dix à Napoléon Bonaparte si on y ajoute ceux qui couvrent les guerres de la Révolution. En contrepoint, la guerre de 1870 n'inspire qu'une oeuvre qui s'emploie à valoriser un exploit de la campagne : Prise d'un drapeau allemand à Mars-la-Tour d'Alexandre Bloch.

La publication du dessin de Georges d'Ostoya dans L'Assiette au beurre du 6 septembre 1902 illustre la préférence que les peintres militaires, souvent partisans de la Revanche tel Edouard Detaille - il expose cette année là Les enrôlements volontaires, septembre 1792 et Réception des troupes revenant de Pologne (1806-1807) - pour le temps de la gloire militaire nationale ; elle témoigne aussi du mépris bien partagé des critiques pour ce type d'oeuvres. Elle sonne comme une reprise de la célèbre formule d'Edouard Manet devant un tableau d'Ernest Meisonnier: « Tout est en acier, excepté les cuirasses » ! Baudelaire avant lui, Degas à la même époque ou Mirbeau après, n'en pensaient pas moins. D'Ostoya ne dit pas autre chose, faisant mine d'ignorer que le but de cette peinture n'était pas de faire dans le réalisme, mais dans l'exaltation des valeurs guerrières, d'entretenir de fait une mémoire collective à des fins glorieuses.

A lire pour prolonger ce message :

Tartreau-Zeller, Laurence, "Mirbeau et Meissonier, la guerre du critique anarchiste et du peintre politicien", Cahiers Octave Mirbeau, n°3, mai 1996, pp. 110-125.