Gambetta proclame la République, 4 septembre 18702020-2021, année de commémorations de l'Année terrible. Après la guerre franco-prussienne de 1870, le temps est venu de faire mémoire de la Commune de Paris. Nul historien ne se plaindra de telles circonstances.

Pour l'occasion, se sont tenus colloques et conférences et publiés articles et livres sur la guerre "oubliée". Le mot paraît mal choisi. Nul n'oublie ce qu'il n'a jamais su pour ne pas l'avoir appris à l'école, dans un livre ou de ses aînés ; et il n'y a pas "oubli" véritable tant que le savoir est à disposition de tous sur les rayons des bibliothèques publiques. En revanche, il y a des manières distinctes de faire mémoire du passé, de sortir de son placard tel ou tel évènement et d'en rappeler quelques morceaux choisis. A ce titre, les commémorations sont toujours très instructives : elles en disent long sur les sociétés qui font mémoire d'un passé plutôt qu'un autre.

centenaire belbortLe 150e anniversaire n'a pas fait oubli de 1870. Il n'en fut pas de même du centenaire de 1970. Si les publications sur la guerre franco-prussienne ont alors connu un bond et si une ville comme Belfort édita pour l'occasion une médaille et une carte postale du centenaire de sa défense, si un recueil de poèmes fut même publié pour l'occasion, etc., à Paris, les 100 ans de la IIIe République furent franchement escamotés. En témoigne un article de Philippe Vigier publié en 1989, à l'occasion d'un autre mémorable anniversaire. L'avènement de la IIIe République ne fut guère honoré cette année là sur les lieux de sa proclamation, la guerre de 1870 moins encore. L'émission d'un timbre évoquant les ballons du siège de Paris fut une bien maigre compensation.

L'article est une curiosité pour lui-même. L'auteur, surtout, explique (entre autres choses) comment la r1848_0765-0191_1989_num_5_1crise de 1968 a pu avoir un impact sur les commémorations de l'époque ! Bel exemple pour illustrer comment le devoir de mémoire se décline non pas par la force du calendrier mais selon les besoins du présent. Ne pas l'oublier, c'est le cas de le dire, surtout en ces temps où la référence au passé se plait trop souvent en remises en cause biaisées de l'histoire.

Source : Vigier Philippe. 1870-1970. Le centenaire de la République. In: 1848. Révolutions et mutations au XIXe siècle, Numéro 5, 1989. Histoires de centenaires ou le devenir des révolutions. pp. 89-94.

carte + médaille centenaire Belfort