9782343165547bAprès un premier ouvrage proposant deux témoignages du temps de la Grande Guerre, Nadine Najman propose cette fois de découvrir deux textes relatifs à la guerre de 1870 et à l'occupation allemande touchant sa région de prédilection. Ce nouveau livre s'appuie, comme le premier, sur la transcription de deux récits : celui d'Eugène Dubois, d'une part, habitant de Reims qui publie par morceaux une chronique écrite au début des années 1920 sur la base de ses souvenirs et d'archives ; celui (limité aux années de référence) de Césaldy Lépagnol d'autre part, agriculteur et conseiller municipal de son village qui consigna au quotidien, de 1859 à 1889, les évènements affectant la vie de sa commune.

 

9782343165547vbOlivier Berger en fait recension dans la Revue d'histoire du XIXe siècle. J'y renvoie. Je me contenterai ici de deux remarques inspirées par mes propres recherches.

1/ Nadine Nadjman fait le choix de présenter les deux textes conjointement plutôt que successivement. Son but est de permettre des comparaisons entre eux tout en respectant la chronologie. Le procédé permet ainsi de confronter le regard d'un citadin à celui d'un campagnard. La différence des points de vue en fonction de la géographie ou des profils socio-culturels est déjà, en soi, un sujet digne d'analyse. Mais la confrontation, en l'occurrence, permet aussi de mettre en relief ce qui distingue un récit écrit au jour le jour et dégagé de toute préscience de ce qui va arriver (celui de Lépagnol), d'une reconstruction a posteriori, toujours sujette à relectures (la chronique de Dubois). D'emblée, la différence saute aux yeux : d’un coté sont données à lire des notes à l'état brut, en formes de brèves qui s'enchaînent sans fioriture de style ni appréciations ; de l'autre un récit construit, plus compact, avec des incises qui font référence à ce qui va arriver. La différence ne tient plus tellement, cette fois, à celle des cultures propres à chacun des narrateurs qu'à la procédure d'écriture. Parfois, le récit propose un troisième type de relation quand les narrateurs retranscrivent la parole d'un tiers. Un bon exemple nous est donné par Lépagnol quand il couche sur le papier le récit d'un voiturier racontant le voyage qu'il a fait jusqu'à Soissons pour y livrer du matériel en vue du siège qui s'annonce (p.74-76). Le lecteur se retrouve ainsi confronté à un témoignage oral retranscris par une tierce personne, situation qui requiert de lui l'obligation de l'aborder autrement que les deux autres  puisqu'il est d'une autre nature. 

2/ Les deux récits couvrent toute la période de la guerre, de juillet 1870 à janvier 1871 ; mais ils se prolongent jusqu'à la fin de 1872. En cela, ils sont rares, les témoignages de la guerre franco-prussienne s'interrompant le plus souvent à la date de la capitulation de la France (fin janvier 1871) ou, au plus tard, à la fin juin, après l'écrasement de la Commune de Paris. Voilà encore une bonne raison de s'y intéresser. Ils apportent matière pour mieux comprendre le temps de l'occupation - sujet encore à approfondir - et voir comment fut vécu la sortie de la guerre.