conordCe livre retrace le parcours des 107 parlementaires qui ont refusé la paix du 1er mars 1871 et la cession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne. Après avoir rappelé le contexte d’un vote aussi douloureux qu’ « attendu » (p.44), l’auteur dresse le profil des 107 « protestataires ». Il retrace ensuite leur parcours politique jusqu’au déclenchement de la Grande guerre pour ceux qui la vivront, l’évolution de leur sentiment patriotique initial et refus de l’annexion pendant les 44 années d'entre-deux-guerres. Il montre comment le groupe se positionne puis fracture selon les sensibilités politiques, origines régionales, âges, profession ou circonstances lors des grandes crises de la période liées à la question de la réintégration des provinces perdues. 4e conordSi l’unité initiale résiste bien à la crise boulangiste, elle se dissout ensuite à l'occasion de l'affaire Dreyfus puis pendant les années de marche à la guerre. Au-delà des différences, une constante semble toutefois apparaître : la sincérité patriotique qui conduit ces hommes à adopter des tactiques différentes ne les conduit pas à renier les raisons qui justifiaient leur vote de 1871 et l’espoir qu’ils entretenaient d’une forme de Revanche. Toute la question est de savoir quelle forme ils étaient prêts à accepter pour l’accomplissement de cette dernière.

Il est reproché à ce livre d’être mal titré. La remarque est juste : il y est plus question de l’histoire de 107 leaders politiques que des provinces perdues elles-mêmes. Dans une perspective d’analyse des mémoires de 1870 et des imaginaires de la Revanche, il a toutefois l’intérêt de montrer la complexité des positionnements des représentants nationaux et la diversité des revanchismes qui se dessine derrière les mots, discours et prises de position des uns et des autres. Si le revanchisme fut une toile de fond, un arrière-plan national minoritaire mais à forte visibilité – un fantasme utile peut-être ? –, il s’est surtout décliné en multiples variations qui viennent confirmer les impressions qui ressortent de l’étude des représentations artistiques de la guerre aux Salons des Beaux-arts, de la mémoire de 1870 dans les écoles de la République ou des commémorations au pied des monuments aux morts. Toutes ces variations témoignent de l’intensité d’un "nationalisme ouvert" (Michel Winock) bien partagé même si le fait d’être plus concentré sur des ambitions culturelles, scientifiques, morales ou économiques que militaires le rende parfois moins visible que le "fermé".

« Cette revanche est venue en dépit de nous-mêmes. C’est notre ennemi qui nous l’a imposée », assura Clemenceau à la fin de la Grande guerre. (cf. Articles et discours de guerres…, J-J Becker, 2012, p. 218-219). Une manière pour un des plus célèbres protestataires de 1871 de dire que la Revanche n’était pas une fin en soi mais qu’elle aurait pu suivre une autre voie si les circonstances n’en avaient pas voulu autrement ?

Construction du livre

Les 3 premiers chapitres évoquent le contexte du vote de 1871 (chap.1, 17-42), la séance du 1er mars (chap.2, 43-68) et le profil des 107 protestataires (chap.3, p.69-102).

Les 3 chapitres suivant décrivent les positions des protestataires Alsaciens-Lorrains (chap.4, 103-120), puis celles du groupe face au nationalisme (chap 5, 121-158) et face à l’idée de « Revanche » (chap 6, 159-191).

Le livre s'accompagne de notices biographiques des 107.