rue de la petite pierreLa rue de la Petite-Pierre (11e arrondissement) est un hommage de la capitale à un épisode de la guerre de 1870. Encore faut-il le savoir ! Située à 10 km au Nord de Saverne, la commune de la Petite-Pierre est riche en patrimoine. On y trouve un château sur la route qui conduit en Allemagne. Ce que ne dit pas la fiche Wikipédia, c'est que s'y tenait une garnison en 1870 qui opposa aux Prussiens une farouche résistance. C'est en mémoire de celle-ci que cette petite rue de Paris (qui donne dans la rue de Charonne) porte son nom.

carte de paris 1870La rue de la Petite-Pierre n'est pas le seul hommage de Paris aux événements de 1870. Le Parisien l'ignore bien souvent, mais la capitale propose à la mémoire des Français plus d'une trentaine de noms de rues (avenues ou boulevards), et au moins huit monuments ou oeuvres encore en place relatifs au conflit franco-prussien (c'est plus que la Commune de Paris). La distribution de ces souvenirs privilégie les arrondissement de l'Est (voir carte ci-contre). Sans doute pour une raison simple : il y avait plus de nouvelles voies à baptiser dans cette partie de la ville que dans les autres à la fin du XIXe siècle.

Au générique des honneurs rendus, on relève :

Six batailles : Bazeilles (dans le 5e), Villersexel (7e), Châteaudun (9e), Rambervillers (12e), Coulmiers (14e), Buzenval (20e). Cette dernière donne son nom à une station de métro (ligne 9).

Quatre place-fortes pour leur résistance à l'ennemi : Belfort, la Petite-Pierre et Phalsbourg (dans le 11e), Phalsbourg (17e), Bitche (19e).

Seize officiers supérieurs : les généraux Lambert (celui de La dernière cartouche de Bazeilles, il n'était pas encore général à l'époque), Marguerite (tué lors de la charge de Floing, près de Sedan) et Tripier dans le 7e ; les généraux Faidherbe (armée du Nord) et Chanzy (armée de la Loire), quatre généraux morts dans les combats autour de Paris (Guilhem à Chevilly, Blaise à Ville-Evrard, Renault et Lacharrière à Champigny) et le colonel Rochebrune tué à Buzenval dans le 11e ; l'Amiral La-Roncière-Le-Noury et le général Decaen dans le 12e, le colonel Dominé dans le 13e, le général Denfert-Rochereau dans le 14e, Garibaldi pour son engagement à la tête de l'armée des Vosges dans le 15e et le général Aurelle de Paladines dans le 17e.  

Bartholdi, le sergent HoffQuatre « héros » : le sergent Hoff et Anatole de la Forge dans le 17e, Juliette Dodu dans le 10e et le peintre Henri Regnault tué à Buzenval dans le 14e (la rue rend hommage au soldat plus qu'à l'artiste). On ajoutera à ceux-ci, dans le 18e, la rue dédiée au comédien Jules Didier Seveste (de la Comédie Française), lieutenant grièvement blessé à la bataille de Buzenval et mort de ses blessures le 30 janvier 1871.

Une institution : Le Souvenir Français dans le 7e.

Un événement : le 4 septembre dans le 2e arrondissement.

Une province : l’Alsace-Lorraine dans le 12(la dénomination est bien choisie par référence à la perte de ces provinces).

Une réactivité publique à géométrie variable :

Les deux premiers hommages furent "immédiats" : le 12 septembre 1870 la dénomination d'une rue du Quatre-septembre célèbre la proclamation de la République survenue huit jours plus tôt. Le baptême de la rue de Châteaudun fut aussi rapide puisque la dénomination a été établie par décret du maire de Paris dès le 26 octobre 1870, soit 8 jours après le martyre de la ville. Belfort suit de près, dès 1872.

Square Maurice GardetteLe "carré" des généraux tombés pour la défense de Paris est arrêté autour du square Gardette (ex-Parmentier) en 1875, ce qui est relativement tôt.

Les hommages les plus nombreux se situent principalement entre 1890 et 1910, époque de réveil de la mémoire sous l'impulsion des partisans de la Revanche. Ceux-ci sont alors inquiets de voir dépérir le souvenir de 1870. Au terme de cette période, une (seule) femme trouve sa place dans la mémoire parisienne de 1870 : Juliette Dodu. La rue qui lui est dédiée est ainsi baptisée en 1910.

Il faut attendre 1987 pour que "Le Souvenir Français", association née en 1887, soit honorée d'une Esplanade à son nom. A cette date, l'association ne se consacre plus au seul souvenir de 1870, mais c'est bien pour entretenir la mémoire des soldats morts lors du conflit franco-prussien qu'elle fut instituée.

Les monuments et oeuvres ayant survécu aux caprices du temps :

Sauf erreur, il une dizaine de monuments ou oeuvres (sur une quinzaine initialement) à entretenir plus ou moins explicitement la mémoire de 1870.

Le Sacré-Coeur de Paris dont la construction, imaginée dès le 4 septembre 1870 par Mgr Fournier, fut commandée par le souci de la France traditionnelle et du gouvernement d'Ordre moral d'appeler les Français à expier les fautes dont la défaite était la punition de Dieu.

1280px-P1150549_Paris_XIV_lion_place_Denfert-Rochereau_rwkLe lion de Belfort, place Denfert-Rochereau, création de Bartholdi (1880) en hommage à la résistance de la ville.

La statue du sergent Hoff de Bartholdi (1904) érigée sur la tombe de ce dernier au Père-Lachaise.

Aux défenseurs de Belfort PLachaiseLe monument aux morts de 1870 du Père-Lachaise (division 64), réalisé par Schroeder et Lefèvre (1877), celui aux gardes nationaux morts à Buzenval (division 72) et celui aux défenseurs de Belfort (division 54).

Monument à RegnaultLe monument à Henri Regnault et aux élèves de l'école des Beaux-arts par Degeorge, Chapu, Coquart et Pascal (1876).

La Défense de Paris de Barrias (1887), oeuvre qui donne son nom au quartier qui n'est pas lui-même dans Paris mais qu'on peut considérer comme faisant partie de ce patrimoine parisien. Le projet fut l'objet d'un concours auquel participèrent Rodin (L'appel aux armes aujourd'hui exposé dans les jardins du musée Rodin), Carrier-Belleuse, Bartholdi, Falguière, Boucher et Gustave Doré.

Glaize (Léon), La République chassant l'Empire, allégorie de 1870 (2)Le triomphe de la République de Léon Glaize (1891), oeuvre autrement connue sous le nom La République soutenant la France et chassant le régime impérial, est une véritable allégorie de la Guerre de 1870 (dixit la base Palissy). Elle fait partie du décor la salle des mariages de la mairie du 20e arrondissement.

Se dressant place des Pyramides, la Jeanne d'Arc de Frémiet (1874) mérite ici une mention spéciale. Si le personnage n'a rien à voir avec 1870, sa création y est directement liée. Au lendemain de la défaite, l'artiste reçut en effet une commande de l'Etat pour réaliser une oeuvre ayant vocation à "redonner confiance à la nation humiliée" sur le thème de La reconquêteFrémiet choisit d'incarner celle-ci sous les traits de la jeune fille de Domrémy. L'oeuvre apparaît ainsi comme l'une des toutes premières représentations de la Revanche !

Quatre oeuvres ont disparu du paysage parisien, fondues en 1942.

Quand même ! d'Antonin Mercié (1884) qui avait été installée dans les jardins des Tuileries (1er). Une version à l'identique existe à Belfort. Steuer ( Bernard), l'éclaireur (square de la mairie du XIV), 1884

Aux francs-tireurs de Jouant (1911), hommage aux Francs-tireurs des Ternes qui se situait avenue des Ternes (17e).

Le monument des aéronautes du siège de Paris d'Auguste Bartholdi (1906) qui se dressait place des Ternes (17e).

Les éclaireursde Bernard Steuer (1884), statue qui se trouvait dans le square Ferdinand Brunot (14e).

Dans les musées :

A l'intar de L'appel aux armes exposé dans les jardins du musée Rodin, quelques oeuvres qui n'ont pas trouvé leur place dans le décor parisien ou qui en ont été retiré peuvent être vues dans les musées de la capitale. Le Gloria Victis d'Antonin Mercié (1875) fut placée en 1879 dans le square Montholon (face à l'hôtel du même nom où Juliette Lambert tenait salon avec les opposants à l'Empire) avant d’être installé en 1884 dans la cour centrale de l’Hôtel de Ville de Paris. L'oeuvre y resta jusqu’en 1930. Elle est aujourd'hui exposée dans le hall d'entrée du Petit-Palais (8e). Un plâtre patiné de bronze de La défense de Paris par Barrias (1880) est présenté dans l'aile Nord ainsi qu'une copie de La Suisse secourant Strasbourg de Bartholdi (1895), propriété de la commune de Bâle.

Mercié, Gloria victisLe musée d'Orsay possède un plâtre de La résistance de Falguière et le Mille-huit-cent-soixante et onze de Cabet (marbre de 1872-1877). On peut y voir également Le siège de Paris, tableau de Meissonier (1884) où figure le peintre Regnault mais aussi des officiers morts dans les combats livrés pour la défense de la capitale. L'artiste n'a toutefois pas fait les mêmes choix que la ville de Paris puisqu'il s'agit du colonel Picot de Dampierre tué à Bagneux (13 octobre 1870), le capitaine Néverlée tombé à Villiers (2 décembre 1870) et le colonel Franchetti (mort de ses blessures le 7 décembre 1870).

A noter pour finir, une inscription gravée sur l'urne contenant le coeur de Gambetta et conservée au Panthéon, rendant hommage aux généraux d'Aurelle de Paladines (armée de la Loire), Chanzy (armée de la Loire), Faidherbe (armée du Nord) et aux colonels Denfert-Rochereau (défense de Belfort) et Teyssier (défense de Bitche).

 Meissonier, Le siège de Paris

Prochainement : la guerre de 1870 au cimetière du Père Lachaise. Trois monuments, deux statues, un buste, une dizaine de tombes d'acteurs du conflit...

Sources :

Anonyme, Guerre de 1870. Lichtemberg, la Petite-Pierre, Phalsbourg , par un passant. Strasbourg, Simon éditeur, 1872.

Rue de Paris, Wikipédia.

Sur un sujet connexe, une étude intéréssante :

Sniter (Christel), "La guerre des statues. La statuaire publique, un enjeu de violence symbolique : l’exemple des statues de Jeanne d’Arc à Paris entre 1870 et 1914". Sociétés et représentations, 2001 (1), n° 11. Cairn info.