Ville d'Orléans, ballon arrivé en NorvègeUne borne perdue dans les montagnes de Télémark en Norvège, près de Seljord et du lac du même nom. Le site se trouve à 200 kilomètres environ à l'ouest d'Oslo, 1300 de Paris à vol d'oiseau. Sur cette pierre, une inscription en Français : "Ville d'Orléan, 17 nov 1870". Souvenir inattendu de la guerre franco-prussienne et du siège de Paris !

2015-03-19 15Rappelons que le siège commencé le 17 septembre 1870 prit fin le 26 janvier suivant avec la capitulation de la France. Pendant 131 jours, la capitale française est coupée du monde par les forces allemandes. Seuls les pigeons et des ballons permettent d'envoyer des messages, des personnes et du courrier en espérant qu'ils ne soient pas interceptés par l'ennemi. Soixante cinq ballons ont ainsi quitté Paris, emportant 164 passagers (dont Gambetta le 7 octobre 1870 à bord de l'Armand-Barbès) et deux à trois millions de lettres. Ces aéronefs étaient fabriqués dans trois ateliers principaux et sollicitaient le travail d'ouvrières souvent oubliées des mémoires. Elles étaient notamment chargées de découper les toiles et de les coudres ensemble.

Ville d'Orléans au mont Lid, selon Tissandier 1875Le 24 novembre, le Ville-d'Orléans décolle avec deux hommes à son bord (un ingénieur aérostier du nom de Rolier, un franc-tireur nommé Bézien) et 250 kg de dépêches [selon Patjoa, auteur du site Des histoires de timbres postes]. Leur voyage s'avère compliqué. Poussés vers le Nord, ils se retrouvent bientôt à survoler une mer. Le ballon perdant de l'altitude, Rolier sacrifie un sac de dépêches (125 kilos). Le ballon reprend de l'altitude et repart, jusqu'au moment où il se rapproche à nouveau du sol, sur une position impossible à définir. Les deux hommes décident alors de quitter leur nacelle. En 1875, Albert Tissandier dessina ce moment où le ballon échappe au contrôle de ses navigateurs. (Ci-contre, photo de la gravure sur bois originale, aquarellée à la main et gravée par Hildibrand).

Rolier et Bézien se retouvent seuls dans un paysage de neige totalement inhabité. Ils se refugient d'abord dans une cabane abandonnée pour y passer la nuit. Ils réussisent plus tard à entrer en contact avec des paysans et découvrent qu'ils sont en Norvège ! Après bien des difficultés, ils rejoignent Seljord. Ils y rencontrent un ingénieur qui comprend un peu le Français et ils peuvent enfin rallier Oslo (Christiansen à l'époque). Entretemps, leur aéronef a poursuivi son chemin. Il est retrouvé 100 km plus loin, à Krødsherad (selon Digital Museum) !

lettre transportée par le Ville d'OrléansParce qu'il fallut s'en délester au dessus de la mer, une partie du courrier aurait du se perdre. D'après Patjoa, il fut pourtant récupéré par un navire et renvoyé en France. Le courrier du Ville-d'Orléans put ainsi être distribué à ses destinataires, comme en atteste cette lettre adressée à une femme de Montauban (Tarn-et-Garonne) datée du 23 novembre 1870. Un sacré détour pour arriver à bon port ! 

La borne de Lifjell marque le souvenir de cette aventure aérienne. Outre la faute d'orthographe pour "Orléans" écrit sans s, elle comporte toutefois une erreur sur la date. Celle-ci (17 nov) ne peut pas correspondre au jour de l'incident, le Ville-d'Orléans ayant quitté Paris le 24 novembre. A défaut d'une meilleure explication, gageons que le souvenir de ceux qui voulaient ainsi témoigner de l'anecdote n'était pas chronologiquement très bien fixé ! 

Sources :

Digital museum avec la localisation du site : https://digitaltmuseum.no/011085443498/ballongfarasteinen

Patjoa, Des histoires de timbres postes

Photo de la borne, propriété de P. Balros. ©