régicides-en-france-et-en-europe-xvie-xixe-siècles"Théorie du complot" dans la France occupée de 1870 ? Olivier Berger parle plutôt de "mythe", de rumeurs qui mobilisèrent les services de sécurité allemand durant le conflit franco-prussien.

Réalisée dans le cadre d'un colloque consacré à la question des régicides en Europe (XVI-XIXe siècles), Olivier Berger se penche sur le cas du roi Guillaume de Prusse dont la disparition à l'occasion d'un attentat pourrait (peut-être ?) changer le cours de la guerre et ses effets politiques. Les rumeurs courent ; inquiets, les Allemands répriment. "Question inédite". L'épisode est peu connu. Il témoigne d'une préoccupation du grand état-major prussien. Il est un bel exemple, aussi, de l'écart qu'il peut y avoir entre les réalités du terrain et la perception qu’en ont les différents acteurs. La rumeur fait rarement la "grande histoire" mais elle suscite des comportements qui peuvent avoir leur importance.

Dans la ville de Versailles choisie pour recevoir le Grand Quartier Général prussien, Olivier Berger analyse les causes d’une crainte et les moyens mis en oeuvres par le responsable de la sécurité allemand (W. Siebert) pour déjouer toute tentative d'attentat. Ne voulant rien laisser au hasard, Siebert met en place « un véritable régime de terreur ». Dans cette bataille, il s'appuie sur un réseau d'agents dormants, "en majorité français". Sur ce point, Olivier Berger observe : « Si la question des espions a marqué les civils – qui croyaient en voir partout au début de la guerre – elle est une réalité dont il faut tenir compte ». En d'autres termes, la fumée de l'espionnite si répandue en 1870 trahissait à Versailles l'existence d'un foyer effectif ! La situation, en l'occurrence, révèlerait aussi une situation un peu paradoxale :  C’est quand il y eut le moins d'espions - "au début de la guerre", autrement dit en août-septembre 1870 - que les Français en virent partout ; mais quand ils furent les plus actifs (à partir d'octobre, à Versailles) ils auraient commencé à moins s'en plaindre !? A vérifier ! 

Au-delà des faits qui montrent comment les services de sécurité assuraient la sécurité de leurs dirigeants, l'affaire témoigne des peurs des Allemands concernant les populations civiles qu'ils trouvaient "très hostiles". Dans la mesure où elle a pu participer de l'entretien des craintes allemandes jusqu'en 1914, cette petite histoire de complot contre le roi Guillaume montre combien la manière dont sont perçus des événements peut être aussi importante que la réalité de ces mêmes événements. Voilà de quoi attiser la curiosité des lecteurs.

Référence complète de l'article :

Berger (Olivier), « On veut assassiner le roi de Prusse ! Mythe du complot et répression militaro-policière en 1870-1871 », p.491-510. in Régicides en France et en Europe (XVIe-XIXe siècles). Actes du colloque international organisé par la Société Henri IV, le Musée national du château de Pau et l'Université de Pau et des Pays de l'Adour - ITEM. Édité par Philippe CHAREYRE, Claude MENGES-MIRONNEAU, Paul MIRONNEAU, Isabelle PÉBAY-CLOTTES. Cahiers d’humanisme et renaissance, n°139. Genève, Droz, 2017