Sculpture de R. de Saint-Marceau Né le 24 novembre 1828 à Mouzon (dans les Ardennes), l’abbé Miroy était curé du village de Cuchery, dans la montagne de Reims, en 1870. Dans le pays, face à l'invasion, chacun réagit selon ses convictions et courage. Comme partout en France, la population se partage entre ceux qui font le gros dos en attendant des jours meilleurs, ceux qui ménagent les Prussiens et se comportent avec eux au mieux de leurs intérêts et ceux qui s’emploient à mener la vie dure à l'ennemi. Tout ce petit monde s’épie et ne s’aime guère. L’abbé Miroy en fait cruellement les frais au lendemain de la capitulation française qui mettait un terme à la guerre.

L'abbé MiroyL'histoire : Soucieux de soustraire quelques fusils à une réquisition prussienne, l’abbé s’était proposé de les cacher dans son église. Quelques jours plus tard, après le vol des clés de l’église, les fusils disparaissent. Dans le même temps, le 6 février, un détachement prussien essuie des coups de feu tirés par des francs-tireurs. Rien de très grave. Il n’y a ni tués, ni blessés ; mais, exaspérés, les Prussiens veulent donner leçon aux habitants de Belval et menacent de représailles si les auteurs de l’attaque ne leur sont pas livrés. Dénoncé par une lettre anonyme, l’abbé Miroy est arrêté et transféré à Reims dès le 7. Devant ses juges, il reconnaît avoir caché les armes sous l’autel de son église. Il est condamné à mort et fusillé le 12 février contre le mur du cimetière du Nord de Reims. À en croire les témoignages, il pardonna à ses exécuteurs comme à ses délateurs et fit l’admiration de tous.

00021720_normalLe monument : En mémoire de l’abbé Miroy, les habitants de Reims et de la région lancèrent une souscription qui permit de financer la réalisation d’un monument. Celle-ci fut confiée à René de Saint-Marceau, un sculpteur rémois. L’œuvre, un gisant de 2 mètres de long, fut présentée au Salon en 1872 mais, parmi d’autres dont les fameux tableaux d’Edouard Detaille (Les vainqueurs et Un coup de mitrailleuse), elle fut refusée pour raisons diplomatiques : il ne fallait pas irriter les Prussiens !

Placé sur la tombe de l’abbé Miroy, le monument fut finalement inauguré le 17 mai 1873.

La polémique : En 2006, « pour cause de sécurité » ( ?), la statue de René de Saint-Marceau fut retirée de son emplacement. Ressortie des caves où elle avait été remisée le temps d’une exposition (2014), elle est toujours dans les réserves du musée des Beaux-arts de Reims. Malgré les efforts de quelques personnes (parmi lesquelles Mme Turbet) relayées par Médiapart en avril 2016, la mémoire de l’abbé Miroy reste « au placard » (sic).

NB [27/02/2018] : dans un des commentaires ci-dessous, Mme Turbet propose un lien vers un site dédié à René de Saint-Marceaux et son association pour (entre autres) réalisation d'une copie en résine de la sculpture. Tous les renseignements en suivant le lien.

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Bibliographie et sources :

Dupont (Eugène), La vie Rémoise, Reims, 1985. Extraits.

Rocha (Alphonse), Le cimetière du Nord ; Deux siècles d’historie rémoise. Guerlain-Martin, Reims, 1998.

Cerf (abbé), Le livre d'or des actes de dévouement et de générosité qui se sont produits dans le diocèse de Reims durant l'invasion allemande, 1870-71. Lille, De Brouwer, 1896 p.135.

Poullet (Charles), À la mémoire de l'abbé Charles Miroy, fusillé le 12 février 1871 à Reims, par les Prussiens. Stances. 1873.

Histoire de charles Miroy selon Cimetière du Nord

Charles Miroy selon Wikipédia

La notice de René de Saint-Marceau selon l’album Mariani (1896)

L’article de l’Union (2013) : La sculpture de l'abbé Miroy portée disparue

L’article de Médiapart (2016) : Il faut sauver l’abbé Miroy