Lucé, La construction du sacré coeur (1900)

A quelques semaines, maintenant, de la parution de Les peintres français et la guerre de 1870, ce tableau de Maximilien Lucé vient illustrer le propos selon lequel les peintres modernes de la fin du XIXe (les Manet, Renoir, de Nittis, etc.) ont traité indirectement le sujet "guerre de 1870", non comme les spécialistes de la peinture militaire (Detaille, de Neuville, Grolleron et consorts) qui ont figuré les batailles et divers épisodes du conflit, mais à travers la reconstruction. Celle-ci est une manière d'évoquer le souvenir de la guerre, mais avec le souci de tourner la page pour conduire la jeune République vers un avenir positif plutôt que ressasser l'esprit de la Revanche.

La construction du Sacré-Coeur de Paris, quelle meilleure évocation du souvenir de la débâcle ? Au-delà de l'acte de contrition voulu par le gouvernement d'ordre moral présidé par le vaincu de Sedan (MacMahon), il s'agit bien de montrer une France capable de se redresser par le travail. Sous le pinceau du pourfendeur des assassins de la Commune, c'est une forme d'hommage aux ouvriers présents sur le chantier.

Renoir, aussi, a entrepris de peindre le Sacré coeur en construction. Peut-être pas dans les mêmes intentions. Mais il reste, lui aussi, dans la ligne des "modernes" soucieux d'ignorer les ruines et les mauvais souvenirs qu'elles entretiennent. Il est dans la ligne des Pont d'Argenteuil et Jardins des Tuileries réalisés dans les années 1870 sans jamais montrer à l'image le stigmates de la guerre.

Renoir, vue du nouveau sacré coeur, 1896

En 1905, Renoir peint à nouveau le Sacré-Coeur en chantier :

renoir, vue du sacré coeur de montmartre 1905